Naître au monde

Le monde à portée de mots

Parcourir le mondeDu Nord qui m’a vue naître, je connais par cœur le décor.
Le plat pays pour horizon, les murs de briques de ses maisons. Ici on a des cieux changeants, à défaut d’accent chantant.

J’ai peu de souvenirs de mon enfance, hormis ceux qui m’ont été racontés.
Petite fille sage et trop timide, à l’imaginaire aussi fertile que ces terres que j’ai foulées.

Je ne me souviens pas de mes premiers mots, mais très tôt je me souviens les avoir aimés.
Voyelles et consonnes s’accordaient comme autant de notes, douce musique à mes oreilles, sonorités envoûtantes auréolées de mystère. Ces mots-valises, passeports pour d’autres vies, m’embarquaient sur leurs ailes pour des rencontres au bout du monde.
Les livres étaient ma récompense. Promesse de découvertes, l’aventure à chaque page, la lecture était mon voyage. Elle est plus tard devenue mon refuge, quand j’y cherchais des bribes de vie, qui auraient fait écho à la mienne.

Je ne me souviens pas de mes premiers pas. Ma vie durant, j’ai marché vers je ne sais quoi.
Le cœur nomade, la tête ailleurs, en quête d’un destin en couleurs, un antidote au gris du ciel. J’étais une rêveuse d’aquarelle.

Une place sur terre

Les années passant, j’ai avancé à reculons, peut-être avais-je peur de grandir.
Chaque fois qu’il a fallu choisir, j’ai fait le choix de m’abstenir, sans pressentir que j’ouvrais la voie à une vie par procuration. Un semblant de vie, aux contours dessinés par d’autres. Mais comment prendre une direction, quand tout est dépourvu de sens…
Parce qu’il fallait bien étudier, j’ai fait escale en Fac de langues. Les mots encore, teintés d’ailleurs, un voyage immobile et sans destination, mais qui m’ouvrait des horizons.

A 30 ans et quelques printemps, moi qui me pensais enracinée, je me suis découvert une passion pour les voyages. L’appel du large. Un élan irrépressible, de voir comment les gens vivent, par-delà les frontières. Des heures gravées dans ma mémoire comme autant de morceaux d’histoire(s), la mienne et tant d’autres mêlées.
Je crois n’avoir jamais été autant moi-même, qu’en me perdant dans des contrées lointaines. Il a pourtant fallu revenir, avec toujours au cœur, l’envie de repartir.

Aujourd’hui, ces explorations géographiques se sont muées en voyages intérieurs. Plus de frontières à traverser, mais des limites à dépasser…
L’impression d’avoir vécu mille vies, mais pas encore celle qui m’appelle, à des kilomètres ailleurs.
Pour la rejoindre, il me faudra troquer mon avion sans ailes, contre un avion à réacteurs. Et me délester sans doute, de quelques valises devenues trop lourdes à porter.

J’ai toujours été touchée par les retrouvailles des quais de gare, auxquelles j’assiste spectatrice.
Celle que je suis destinée à être m’attend patiemment quelque part,
Le cœur battant et l’âme en fête, à l’idée de me revoir.

J’ai hâte de la retrouver.
Je suis en route.