Entre deux vies

Désert Ouest américain
Crédits photo : ©Geo

L’écriture, et c’est ce qui fait sa beauté, demeure mystérieuse.

Elle vient toujours me cueillir par surprise, en s’imposant à moi de façon impérieuse.
Un nouveau texte a éclos hier dedans ma tête, des mots en vrac sans lien en apparence, qui se sont ordonnés, alors que je dormais…
Ce matin, tout est fluide et clair, et tout fait sens.

Au beau milieu d’un entre-deux…

Tout a commencé avec ce mot, obsédant : « entre-deux ».
Qui m’a traversée une fois, puis deux, puis trois… et m’a finalement poursuivie l’après-midi entière (à un point tel qu’il est venu se matérialiser sous mes yeux, à travers une enseigne de restaurant croisée « par hasard »). Aujourd’hui au réveil je sais, ce qu’il est venu me dire.

L’entre-deux, c’est cette zone floue qui m’occupe, et que j’habite.
Un « No man’s land » aux airs arides, où je me languis de voir pousser, les quelques graines que j’ai semées.

Perdue au milieu du labyrinthe, je cherche le fil d’Ariane qui m’en fera sortir.
Pour enfin ne plus tâtonner.
Pour m’extraire de ce milieu inconfortable, où je suis installée.
Je suis arrivée au milieu de ma vie. La première partie a filé si vite, et la suite dont je discerne si peu, se dessine à l’abri d’un brouillard épais.
Je ne reconnais plus, ni moi ni mes amis. Sevrée de relations dont certaines s’étiolent, que je l’aie voulu ou non. Pressée d’en vivre de nouvelles, à mesure que mon ciel s’étoile, d’autres visages et d’autres noms.

En attendant que je comprenne qui je suis au sein de cet univers et ce que je suis venue y faire,
La zone d’incertitude(s) s’accroît, me rendant plus fragile.
Plus que jamais je mesure combien, tout ne tient qu’à un fil.

Cet entre-deux,
C’est une valse-hésitation perpétuelle,
Entre hier et demain,
Entre ici et ailleurs,
Entre celle que j’étais et celle que je suis destinée à devenir ; ou plutôt, à être. Le seul verbe qu’il m’intéresse désormais de conjuguer, en tous lieux et à toute heure.

C’est fatiguant de vivre comme écartelée du cœur.
Ecartelée entre la peur qui bien trop souvent encore, décide pour moi,
Et puis l’Amour, que j’aimerais tellement incarner avec un grand « A ».

Vivre coupée en deux, en attendant de réunifier toutes les parties de moi, et faire ensemble œuvre commune.
Donner des ailes au singulier, pour qu’il devienne pluriel.

Entre nous deux, tant de possibles

« Il n’y a pas de traversée du désert, juste une marche vers l’oasis », dit cette citation que j’aime.
Pourtant il y fait soif et faim, dans ce désert qui est le mien ; soif de vie, faim d’envies, d’aventures et de « vraies » rencontres, autant d’appétits trop longtemps inassouvis.
Rares sont les échanges dont la teneur me rassasie.

Car l’entre deux, vu sous une autre dimension,
C’est aussi – et surtout – cet intérêt pour l’autre qui m’anime.
Depuis toujours.
Entre toi et moi, que se joue-t-il ?

Comment trouver le chemin vers l’autre, comment le rejoindre, là où il est ?
Comment partager sa propre richesse aussi, quand on la néglige encore soi-même.

Echangeons un mot ou deux, avec l’espoir de bâtir un pont, entre nos mondes parallèles.
Dansons un pas de deux, pour exprimer de tout notre être qui nous sommes,
Et vibrer au diapason sur un accord, peut-être.
Passons du « je » au « nous »,
Ensemble je le sais, on tient bien mieux debout.

J’ai la certitude que dans un coin du monde, des âmes sœurs m’attendent les bras ouverts.
Comme écrivait le grand Prévert, « quelque part il y a des gens qui s’entrevivent, j’irai les rejoindre ».
Je suis en marche vers l’oasis.

Citation marche vers oasis

Naître au monde

Le monde à portée de mots

Parcourir le mondeDu Nord qui m’a vue naître, je connais par cœur le décor.
Le plat pays pour horizon, les murs de briques de ses maisons. Ici on a des cieux changeants, à défaut d’accent chantant.

J’ai peu de souvenirs de mon enfance, hormis ceux qui m’ont été racontés.
Petite fille sage et trop timide, à l’imaginaire aussi fertile que ces terres que j’ai foulées.

Je ne me souviens pas de mes premiers mots, mais très tôt je me souviens les avoir aimés.
Voyelles et consonnes s’accordaient comme autant de notes, douce musique à mes oreilles, sonorités envoûtantes auréolées de mystère. Ces mots-valises, passeports pour d’autres vies, m’embarquaient sur leurs ailes pour des rencontres au bout du monde.
Les livres étaient ma récompense. Promesse de découvertes, l’aventure à chaque page, la lecture était mon voyage. Elle est plus tard devenue mon refuge, quand j’y cherchais des bribes de vie, qui auraient fait écho à la mienne.

Je ne me souviens pas de mes premiers pas. Ma vie durant, j’ai marché vers je ne sais quoi.
Le cœur nomade, la tête ailleurs, en quête d’un destin en couleurs, un antidote au gris du ciel. J’étais une rêveuse d’aquarelle.

Une place sur terre

Les années passant, j’ai avancé à reculons, peut-être avais-je peur de grandir.
Chaque fois qu’il a fallu choisir, j’ai fait le choix de m’abstenir, sans pressentir que j’ouvrais la voie à une vie par procuration. Un semblant de vie, aux contours dessinés par d’autres. Mais comment prendre une direction, quand tout est dépourvu de sens…
Parce qu’il fallait bien étudier, j’ai fait escale en Fac de langues. Les mots encore, teintés d’ailleurs, un voyage immobile et sans destination, mais qui m’ouvrait des horizons.

A 30 ans et quelques printemps, moi qui me pensais enracinée, je me suis découvert une passion pour les voyages. L’appel du large. Un élan irrépressible, de voir comment les gens vivent, par-delà les frontières. Des heures gravées dans ma mémoire comme autant de morceaux d’histoire(s), la mienne et tant d’autres mêlées.
Je crois n’avoir jamais été autant moi-même, qu’en me perdant dans des contrées lointaines. Il a pourtant fallu revenir, avec toujours au cœur, l’envie de repartir.

Aujourd’hui, ces explorations géographiques se sont muées en voyages intérieurs. Plus de frontières à traverser, mais des limites à dépasser…
L’impression d’avoir vécu mille vies, mais pas encore celle qui m’appelle, à des kilomètres ailleurs.
Pour la rejoindre, il me faudra troquer mon avion sans ailes, contre un avion à réacteurs. Et me délester sans doute, de quelques valises devenues trop lourdes à porter.

J’ai toujours été touchée par les retrouvailles des quais de gare, auxquelles j’assiste spectatrice.
Celle que je suis destinée à être m’attend patiemment quelque part,
Le cœur battant et l’âme en fête, à l’idée de me revoir.

J’ai hâte de la retrouver.
Je suis en route.