Les transports en commun, ou ces rêves en partage…

Quelques mots voyageurs, en souvenir d’une émotion fugace…

 

Les transports en commun…
Moi qui affectionne les mots et en ai fait mes partenaires de jeu préférés, j’aime détourner cette expression littérale et peu propice à l’évasion, pour lui prêter un sens littéraire voire poétique, plus inspirant…
« Les transports », pour définir une émotion vive, une exaltation, un rêve… Autant de ressentis profonds et puissants, qui font voyager comme seuls peuvent le permettre les voyages intérieurs, les plus beaux qu’il nous soit donné de faire. Et communs à chacun, puisque nous sommes tous de cette étoffe, dont sont faits les rêves…

« Nous sommes de cette étoffe sur laquelle naissent les rêves,
et notre petite vie est entourée de sommeil
« .
[Willliam Shakespeare]

 

L’autre matin, pour me rendre au bureau, j’ai emprunté le tram.
Je ne me distingue pas par ma ponctualité en pareil cas, mais il était encore relativement tôt, et j’y ai côtoyé des lycéens en partance pour le bahut, des étudiants rejoignant leur fac, des hommes en costard et des femmes pomponnées, prêts à renouer avec d’obscurs dossiers… Des jeunes et des plus vieux, des looks débridés aux plus sérieux, fantaisie et austérité mêlées au cœur d’une rame, la diversité de la vie dans toutes ses gammes
Pendant les quelques minutes qu’a duré le trajet, j’ai étudié tous ces humains en transit.
Je les observais et tentais de me représenter quelle était leur vie… D’où venaient-ils, où allaient-ils, quels étaient leurs rêves… C’est un de mes jeux favoris, je pourrais m’y livrer pendant des heures… Entendre l’indicible, voir au-delà des gens, discerner ce qu’ils croient cacher sous leur maquillage, leurs accoutrements, leurs attitudes, dérisoires artifices qui ne traduisent rien de qui ils sont, mais en réalité, en révèlent bien plus long…

J’observais tous ces gens.
Quelques minutes auparavant, j’avais relu et partagé sur la toile un texte écrit par Paulo Coelho [Extrait du roman « Le Zahir »], dont la justesse m’avait touchée.
Alors que je posais le regard sur les personnes qui m’entouraient, ces mots résonnaient dans ma tête…

Citation Coelho Le ZahirJ’observais ces gens voyageant vers leurs buts respectifs – une école, une université, un bureau quelque part… – et me demandais s’ils étaient heureux de s’y rendre. S’ils avaient fait ce choix en toute liberté et en pleine conscience, ou s’ils suivaient un plan pour eux tout tracé, sans même le questionner. « Parce c’est comme ça », et « parce qu’on n’a pas le choix ». 
Je me demandais ce qu’ils portaient en eux, de rêves inassouvis, amèrement regrettés, ou juste délaissés, jusqu’à y renoncer… « Parce c’est comme ça », « parce qu’on n’a pas le choix ».

Et puis mes yeux se sont posés sur un sac, simple « tote bag » porté à l’épaule par une jeune fille en âge d’être étudiante, la vingtaine probablement… Sur le sac une inscription disait « J’ai 10 ans ! ». J’ai souri. J’ai regardé plus attentivement le visage de cette jeune fille, et me la suis imaginée petite, espiègle et insouciante comme on l’est à cet âge… J’ai pensé que cette inscription en apparence anodine, révélait bien des secrets, sur celle qui l’avait adoptée.

J’ai poursuivi mon scan visuel et quelques secondes plus tard ai reconnu entre les mains d’une femme assise, la couverture d’un livre que j’ai récemment lu : « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Un titre évocateur, une lecture qui témoigne d’une quête partagée par beaucoup, celle d’une vie heureuse au plus près de nos valeurs, en résonance avec le cœur. Je me suis attendrie. Et me suis dit que tout lecteur, n’est avant tout que le propre lecteur de lui-même. Et que ce récit sans prétention, vient surtout parler de l’âme des gens et ses aspirations.

Puis je me suis souvenue du livre que moi-même je transportais, emprunté il y a peu à la bibliothèque : « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi ». 
J’en ai été émue. A la lumière des pensées qui m’avaient traversée, au regard de la scène que j’avais observée, et en écho aux mots de Coelho lus quelques heures plus tôt,… je me suis dit que chacun porte en soi un trésor enfoui, qu’il tarde à révéler ou enterre à jamais, selon la valeur qu’il décide un jour de lui accorder.

J’ai décidé que mon rêve était plus important que tout, et qu’il m’appartenait de le défendre becs et ongles, peu importe le coût.
Et j’aimerais qu’un jour se lèvent, pour se mettre debout, tous les gens à genoux… pour vivre enfin les rêves pour lesquels ils sont nés.