J’envoie valser

Regard sur l'horizon
© Pascal Campion

Pas mal de jours passés sans écriture.

Un cortège de fausses notes. Quelques phrases dissimulées sous les ratures, des élans fulgurants sitôt suivis d’un demi-tour, c’est tout ce que j’ai pu produire ces derniers temps.

L’angoisse de la page blanche subsiste face à l’écran.
Ma muse s’est fait la malle et sur les touches du clavier,… que dalle. On ne convoque pas la magie, elle s’invite quand ça lui chante.

Beaucoup de doutes qui me rattrapent, des peurs insidieuses. Tant de peine et de colères aussi.
Contre la vie qui impose des changements sans que l’on y soit prêt. Et nous refuse pourtant ceux que le cœur réclame.
Quel est ce grand écart dont la raison m’échappe, et pourquoi faut-il en passer par de telles étapes…

Ironie… Je n’ai jamais aimé le second degré, décidément ce n’est pas dans ma nature.
Je suis une tendre et l’ironie rend la vie dure.

Les vies dansent.

Le tempo s’accélère pour certains, quand pour d’autres la musique s’est arrêtée.
Au cœur d’un bal absurde je tente de garder la cadence, mais mon envie profonde est de tout envoyer valser.

Envoyer au diable tout ce qui ne fait plus sens, ces rengaines dépassées qui me donnent mal au crâne.
Ces chagrins inconsolables.
Et ces peurs qui m’étreignent et m’empêchent d’avancer.

Ces jours-ci, j’ai le cœur au bord des larmes en permanence.
« Sortez les violons et jouez », Maestro !
Il faut bien toute une symphonie pour couvrir mes sanglots.

J’aimerais tant parfois que la baguette du chef ait des vertus magiques, pour tout réorchestrer encore plus vite que la musique.
Mais non bien sûr, ce n’est pas ainsi que ça fonctionne.
La partition ne se livre pas sans efforts, et la partie se gagne au corps à corps.
Pourtant, je rêve d’abandonner la lutte.

Cette lutte contre moi-même, en particulier.
Je suis fatiguée d’écrire ma vie comme un poème… Pour la petite histoire, je ne cherche pas ici la rime à tout prix, mais inlassablement et malgré moi, ma prose se mue en poésie. J’y vois le signe que des barrages persistent. Les vers sont un refuge facile, un alibi pratique… Ils canalisent le flux, empêchent d’ouvrir les vannes à grand débit. Ils m’obligent à ne livrer qu’à demi-mot, ce que j’aimerais tant pouvoir répandre à flots…

Lâcher prise.
Se foutre du regard des autres, oser se montrer telle qu’on est. Avec ses fragilités, ses failles, son étrangeté même.

Je ne suis qu’une apprentie danseuse, aux pas incertains, à la démarche lourde et peu gracieuse.
Mais je ne désespère pas de trouver l’équilibre et la fluidité, qui découleront naturellement, je sais,
Quand j’aurai enfin le courage, de tout envoyer valser.