Lettre à toi que personne ne voit

Table de fêteL’ambiance est animée, la joie sur les visages, sourires sur toutes les lèvres… De tous côtés, les conversations fusent… Tous sont heureux d’être là, heureux de partager et de se découvrir des résonances et affinités, aspirations communes qui les font s’exclamer, rire, s’embrasser… Des projets prennent naissance, des rendez-vous sont pris… Ces amitiés naissantes, qui, toujours, laissent heureux et surpris… Et dont tu te sens exclue, spectatrice malgré toi.

Toi, tu les regardes faire.
Immergée dans leur monde et perdue dans le tien.
Ô tu es là bien sûr, mais pourtant tellement loin.
Tu voudrais faire partie de cet esprit de fête,
Mais tu en es partie, tout au moins dans la tête…

C’est familier tout cela, tu le connais par cœur.
A grands coups de courage et d’explorations intimes, tu pensais l’avoir dépassée, cette plongée en abîme.
Ce sentiment amer, qui déferle et revient te cueillir, encore et toujours… Aux pires moments, cela va sans dire.

« Cela va sans dire ».
Et de fait, tu ne dis rien.
Tu assistes à tout cela, sans y prendre ta part.
Avec une pointe d’envie, et une petite voix au fond de toi qui crie : « écoutez-moi aussi, j’ai tant à partager ».
Mais tu te tais.

On ne t’a pas appris à être au centre de l’attention.
« Plus on se fait petit, plus on est digne d’affection », voilà ce qu’on t’a laissé croire.
Et tu l’as cru.

Tant et si bien qu’aujourd’hui tu continues,
Comme un cercle vicieux qu’à contrecœur tu perpétues…
A l’ombre de ceux qui brillent, tu t’effaces et n’existes plus.
Passer inaperçue est un art mineur, où tu te montres à la hauteur.

Tu œuvres en coulisses pendant que d’autres prennent la lumière,
L’enveloppe où tu te glisses est ton refuge et ton enfer.
A qui rends-tu service en gardant sous clé tes éclairs,
De génie, de folie, d’amour…
A quoi bon les taire ?
Tous ces éclats de vie qui voudraient éclore au grand jour.

Car ça fait mal, pas vrai ?
Se voir vaincue d’avance quand mille victoires sommeillent à l’intérieur.
Attendre la délivrance, sans espoir d’une aide extérieure.

Oui ça fait mal.
Ne tente pas de me contredire, car je le sais.
Je connais tout cela, je suis comme toi.
Je connais ta douleur, c’est aussi la mienne.

Alors aujourd’hui c’est à toi que je pense,
Et c’est pour toi que je dépasse ma peur,
La crainte d’être jugée, incomprise ou moquée…
Pour que tu saches,
Quand le courage t’abandonne,

Que tu n’es pas seule.

Si personne ne te voit, moi je sais qui tu es.
Je sais ce que tu vaux, bien plus que tu ne le sais.

Alors je viens te dire,

N’attends de personne, qu’il reconnaisse ton amour.
N’espère pas que l’on confirme ta valeur,
Cesse de croire que ton salut viendra des autres,
Attendre tout cela serait vain.

Mais fais-toi l’amitié, de te traiter avec douceur,
Prends soin de toi-même, de toute la force de ton cœur.
Sache te dire que tu vaux mieux que ce qu’on a pu faire de toi,
Que tu mérites d’être entendue et de laisser porter ta voix…
Apaise tes souffrances, reprends espoir, console-toi…

Et DONNE, donne tout ce que tu peux, au-delà de ce que tu peux.
Ne retiens rien, ouvre tes bras et ton cœur plus grand que toi-même,
Ouvre-les à la vie et suis la vie où elle t’emmène,
Mais surtout AIME.
Sans rien attendre en retour, sans espérer qu’on te comprenne.
Aime comme tu aurais tellement aimé qu’on t’aime.

Aime