Voyage au pays des larmes

Larmes aux yeux

« J’ai éclaté en sanglots. J’ai un faible pour cette expression.
On n’éclate jamais de faim ou de froid.
En revanche, on éclate de rire ou en en sanglots. Il est des sentiments qui justifient que l’on vole en éclats ».
[Albert Espinosa]

 

On éclate en sanglots… mais on fond en larmes… ou on se répand en pleurs…
Quelle que soit l’expression, il y a cachée derrière l’idée d’une altération de la matière. Comme si le corps perdait de son intégrité, sous le coup brutal de l’émotion. On se dissout ou on explose ou on déborde, sous l’effet d’un raz-de-marée intérieur, une inondation de grande ampleur.

Pour faire rempart à cette déferlante, la seule aide véritable est une présence, celle d’une âme consolante. Deux bras ouverts qui se referment, et sans jugement accueillent la peine. On ne dira jamais assez combien une étreinte apaise et répare, combien c’est un baume pour le cœur quand il défaille sous la douleur. Pour qui aura grandi sevré d’une telle chaleur humaine, être ainsi enlacé peut être bouleversant. Une expérience paradoxale, qui ravive le manque et dans le même temps, y appose un doux baume bienfaiteur.

A plusieurs reprises ces derniers jours, les digues que je pensais solides ont cédé sous l’assaut de larmes venues tout droit des profondeurs. Aux moments les plus inopportuns, sans que j’y sois préparée. Au beau milieu d’un restaurant, sur une table de massage, en plein cœur d’une fête d’anniversaire joyeuse et insouciante… En un instant fugace, quelque chose se rompt et déjà je sens qu’il est trop tard. Et tant pis. « Il faut que ça sorte ».
Je ne veux plus contenir, j’ai cessé de retenir. Comme si le temps était venu, de laver à grande eau des recoins de ma vie encombrés de mille maux. Jeter par-dessus bord ce qui m’accable encore.

Dans les remous de ma traversée en solitaire, j’ai de la gratitude pour ces bras qui m’enserrent. Sans retenue et en toute générosité. « Il est des bras qui n’enferment pas mais qui agrandissent l’être qu’ils serrent », écrit Jacques Salomé.
Merci à toi, et toi, et toi encore… qui m’as tenue serrée.

 

Redevenir sauvage pour revenir plus sage

Redevenir sauvageCertains jours je n’ai envie de rien.
Ces jours-là pour aller mieux j’aimerais écrire, mais bien sûr rien ne vient.
Et c’est rageant de penser que rien ne peut s’écrire, au sujet de rien. Alors qu’il y aurait tant à dire, vous pensez bien.

Ces jours-là je tourne en rond, pour voir où ça me mène. Ça ne mène jamais bien loin, comme vous le devinez. On peut faire mille fois le tour de soi-même, si notre muse a disparu, ce n’est que peine perdue.
Pas le moindre flow, tari le fil des mots.
Et c’est tellement frustrant, de subir ce sur-place, quand on voudrait bondir, surgir, grandir, bref,… se rendre loin.

Alors ces jours-là, souvent, je ne vais pas bien.
J’enrage et je m’agace,
Tout m’irrite et m’agresse,
Comme un lion en cage, je rugis ma détresse,
A qui vient m’agacer, je crie ma rage,
Je rugis et j’agresse,
Comme un lion en cage,
J’enrage.

Je suis pourtant paisible,
Au fond et en surface,
Une personne pacifique,
Le contraire d’une menace.
Je voudrais la douceur,
Toujours et à toutes heures,
Mais quand l’ennui s’en vient,
Ce ne sont que des vœux vains.

Car c’est bien ça l’ennui, au fond.
L’ennui qui tisse sa toile,
Et couvre d’un voile gris,
Les couleurs de la vie.
Que je ne sais plus voir, pendant ce temps au moins.
Privée des sens qui me relient à plus grand que moi.
Ces jours-là je rapetisse, je m’amoindris,
Je rejoins ces aigris,
Qui pestent contre la vie.
Cette vie que j’aime tant, pourtant.

Il faut tout bousculer, parfois.
Tout envoyer valser,
Ruer dans les brancards,
Reléguer au passé ce qui n’a plus lieu d’être,
Pour que revienne l’envie.
Redevenir sauvage,
Pousser des cris de rage,
Pour soi et loin des autres.
Pour revenir plus sage,
Et mieux aimer la vie.