Manon Lavoie, Faire de sa vie une œuvre… Œuvrer au cœur de l’Être… (Partie 2)

Portrait de Manon Lavoie par Maxyme G. Deslile
Manon Lavoie par ©Maxyme G. Deslile

Publié aux éditions Druide, « Créer le meilleur de soi » est le tout premier livre de Manon Lavoie et est objectivement une réussite, tant sur le fond que dans la forme. À cet égard il ne saurait être plus cohérent avec le message porté par le titre, tant il matérialise superbement le meilleur de l’auteure, qui y a mis tout son savoir et tout son cœur.

Au sujet du titre, justement. Ne vous méprenez pas… Ce livre s’adresse à tous, nul besoin d’être artiste pour y trouver son compte, bien au contraire. J’en suis la preuve vivante, tant le terme « créer » me faisait peur, moi qui pensais que jamais, au grand jamais, je ne serais à la hauteur. Mais bonne nouvelle, ce n’est pas de cela dont il s’agit.

Quel soulagement, de parcourir le livre et de comprendre qu’au bout du compte, le résultat importe peu. Comme dit souvent Manon, – et c’est vraiment décomplexant, en même temps que ça fait naître un sourire : « on n’est pas en train de jouer notre vie, là ». Ouf ! C’est tellement vrai. C’est bel et bien le processus de création qui nous intéresse, pour le bien-être immédiat qu’il procure, et les réponses enfouies qu’il peut ensuite faire émerger…

Selon votre sensibilité et quelle que soit la relation que vous entretenez avec la créativité, vous y trouverez donc de quoi satisfaire vos appétits. Et sans nul doute, vous prendrez tout comme moi plaisir à le feuilleter : il vous procurera une expérience sensorielle des plus agréables, avec sa couverture souple et un papier tellement doux sous les doigts ; vous y trouverez des textes sensibles et profonds, dont beaucoup nourrissent chaque jour mon inspiration (et Dieu sait s’ils m’ont soutenue et aidée à relâcher la pression que je me mettais inutilement sur les épaules, pendant la rédaction de cet article et ceux qui l’accompagnent… rien que pour ça, merci Manon !!) ; enfin il régalera vos yeux grâce aux superbes photos et œuvres colorées contenues au fil des pages.

Et surtout, vous goûterez à ce ton unique, à la fois intime et chaleureux, qui fait de ce livre un compagnon précieux. À travers lui vous aurez la sensation d’être accompagnée par une amie bienveillante qui se réjouit authentiquement de vos « petits pas »… Et soyez certains que c’est vraiment le cas.

Couverture du livre "Créer le meilleur de soi" par Manon Lavoie
©M comme Muses

En résumé, « Créer le meilleur de soi » est un puits de douceur où s’abreuver quotidiennement. Un très beau cadeau à s’offrir.

Et s’il est une telle réussite, c’est peut-être avant tout parce que Manon l’a écrit sans se préoccuper de la façon dont il serait reçu : le livre, explique-t-elle, « je l’ai fait pour moi. C’était un cadeau que je m’offrais à moi, je voulais me sentir bien en le voyant… et puis qu’il touche au moins un cœur… ». Mission accomplie… des milliers de fois.

Elle me raconte la genèse du projet…

Une longue période de gestation

L’écriture d’un livre est un processus au long cours, une aventure en multiples épisodes qui non seulement inclut la phase de rédaction elle-même, mais aussi la période d’incubation qui la précède, laquelle peut dans certains cas durer plusieurs années.

L’envie d’écrire son propre livre, Manon la portait en elle depuis longtemps mais il aura fallu une vraie période de maturation, pour que ce souhait se matérialise sous la forme qu’on lui connaît…

« En 2012, j’ai participé à un collectif pour un ouvrage sur la maternité (elle y avait écrit sept articles, NDLR)… Grâce à ce projet je me suis retrouvée au Salon du Livre de Montréal pour des dédicaces… là je me suis dit, un jour je vais revenir avec mon livre, mais où ?… Avec qui ai-je envie de travailler ? »… Donc je me suis promenée d’un kiosque à l’autre en me demandant « est-ce que je suis ici ? » …

Les Éditions Druide existaient depuis peu, Manon s’entretient avec eux et sent passer un bon feeling. Mais, elle n’est pas encore prête à entreprendre un tel projet : « Je ne voulais pas publier un livre pour publier un livre… ça a monté tranquillement ».

C’est trois ans plus tard, en 2015, qu’elle entrevoit la possibilité de se lancer : « j’ai senti que là j’avais peut-être quelque chose, une méthode à moi, différente de ce que j’avais appris ailleurs… ».

Elle contacte Druide pour convenir d’une première rencontre, leur soumet un synopsis et une table des matières… Le rendez-vous est concluant et se solde par la signature d’un contrat… Ce qui n’était qu’une simple idée, est prêt à devenir réalité. « Ça a beaucoup changé en cours de rédaction, au début ça s’appelait « Revenir vers soi », puis à un moment je me suis réveillée, je me suis dit « ce n’est plus juste ça, il y a d’autres choses » ; c’est là que « Créer le meilleur de soi » est né ».

La solitude de l’écrivain, le soir au fond des bois !

Dès lors, le plus difficile commence.

Manon traverse, selon ses propres termes, une période de « paralysie totale » : « au début je voulais mourir après avoir signé le contrat (rires)… je me suis dit, mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait là ?! » ; « J’avais déjà commencé à écrire à la main dans mes cahiers car je n’arrivais pas à écrire à l’ordinateur… parce que j’avais une pensée linéaire, je pensais bien naïvement qu’un livre ça s’écrivait, intro, développement, conclusion… mais ce n’est pas comme ça que ça se passe, en tout cas pas le mien… » ; « Une fois le contrat signé, j’ai repris ce que j’avais écrit et naturellement je me suis dit « c’est nul, c’est complètement nul »… ».

C’est l’occasion rêvée de reprendre à son propre compte la philosophie qui imprègne ses coachings et accompagnements via M comme Muses, « ma propre médecine », dit-elle souvent.
Et donc, elle échafaude une stratégie vouée à créer le calme, pour désamorcer les peurs et lui permettre d’avancer, un pas après l’autre. Il s’agit de « ramener au plus petit possible, le plus près possible de nous », et dans son cas cela passe par la compilation de ses idées sur de petites cartes, écrites à la main : « On est partis en voyage d’amoureux, on était dans le fin fond des bois aux USA… j’avais emmené de petites cartes blanches, je me suis installée avec mes cartes sur le lit et je me suis dit « tu crois en quoi Manon ? »… J’ai repris tous les livres que j’avais étudiés au fil de mon parcours, j’ai tout classé par thèmes… ça, c’est de la psychologie positive, ça, ça pourrait être un projet créatif, etc… » ; « Je suis ressortie du bois avec mon livre écrit sur mes cartes, littéralement… mais pas dans l’ordre encore… ».

Ordinateur face à la fenêtre
©Manon Lavoie. Extrait du Livre « Créer le meilleur de soi ».

Au retour, pour favoriser l’inspiration, elle installe une table au beau milieu du salon, y pose l’ordinateur qui fait face à une fenêtre donnant sur un arbre. « J’ai écrit chaque matin, je tirais une carte en me disant, j’écris à propos de ça aujourd’hui… ».

Une méthode respectueuse de ses besoins et de son rythme, et qui peu à peu porte ses fruits puisque Manon se retrouve bientôt en possession de 300 pages. L’heure n’est toutefois pas encore à la célébration : « J’ai tout imprimé, et là bien candidement je me suis dit waouh mon livre est écrit !!… mais le travail commençait…(rires) ».

Un livre au plus proche de son auteure

Restaient en effet quelques « menus travaux », à commencer par la structuration et l’organisation des contenus. Sans jamais perdre de vue le tout premier bénéficiaire, le futur lecteur, et en veillant à ce que celui-ci puisse s’approprier le livre, quel que soit son propre rapport à la créativité : « L’idée était de dire, « qu’est-ce qui vient en premier ? »… « Ce n’est pas un roman, c’est une pensée, une philosophie de vie… si je prends par la main quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de ça et qu’on y va avec ces étapes-là, est-ce que ça marche ?… Ça a été un gros travail… ».

Un chantier d’envergure, mais pas le dernier néanmoins : « j’ai ensuite travaillé avec une réviseure… une expérience extraordinaire où j’ai appris tellement de choses… ça aide tellement à structurer une pensée, à l’articuler comme un fil rouge, de sorte que tu tiens le lecteur par la main du début jusqu’à la fin… »…

Puis le travail de graphisme a débuté…

Atelier ©Manon Lavoie - M comme Muses
©Manon Lavoie

Les nombreuses photos et illustrations qui parsèment le livre tiennent une grande part dans le plaisir que l’on prend à le parcourir. Elles nous plongent au cœur du quotidien tel que le vit Manon et imprègnent ainsi chaque page d’une vérité et d’une proximité, chères au cœur de son auteure : « J’ai fait toutes les photos (80 à 90% étaient déjà faites à la base) ; je voulais vraiment ça, pour représenter le vrai quotidien… je ne voulais pas que ce soit un livre de table à café avec des photos glacées, impeccables… je voulais que l’on sente la personne derrière, que ce soit des photos de notre vie, pour que les lecteurs puissent s’y retrouver… ».

Elle m’évoque l’anecdote de la photo prise en forêt avec sa fille (page 143) : « Il y a des photos qui me rendent tellement heureuse… celle-ci en forêt, c’est un moment, ce n’est pas fait pour le livre ça, c’est une photo de notre vie… on est en pleine forêt, il y a un rayon de soleil qui passe et on lui dit « Ooh Olivia, va te placer »… on la prend avec un cellulaire, même pas un appareil photo… et ça se retrouve pleine page… ça là, c’est… ça me… je peux mourir en paix ! » (rires).

Le plus tard possible, on est d’accord.
Du moins pas avant le deuxième livre (sourire).

Qui sème l’amour… le récolte en retour

Ce parti-pris d’intégrer des photos issues de son univers familier, imprègne le livre d’une telle dose d’amour, qu’il suscite l’amour en retour.

Et de l’amour, Manon en reçoit à foison depuis la sortie de son livre, dont elle a fait la promotion sur quantité de salons, tant au Québec qu’en Europe.

Je l’interroge sur cette visibilité croissante qu’elle expérimente actuellement, grâce au succès que rencontre le livre… Avec l’envie d’en savoir plus sur son ressenti, la façon dont elle traverse ce tourbillon et le vit de l’intérieur…

« On est en perpétuel apprentissage, tout notre chemin est là pour une raison, chaque étape, chaque marche est importante… Donc les moments difficiles sont là pour que tu puisses apprendre, définir tes valeurs, nommer ton territoire, trouver tes balises, regarder ce que les autres font en termes de pratique, t’aligner sur ce qui te parle…
La nouvelle visibilité due au livre, ce n’est pas tant important en termes de visibilité extérieure que pour ce que ça apporte comme richesse en termes de contacts humains… Ça je n’en reviens pas, je suis juste remplie de gratitude, pleine d’amour… ».

La juste récompense d’un travail de fond, d’autant plus appréciée que celui-ci fût intense et solitaire : « écrire un livre, ce n’est pas un travail sexy, t’es toute seule, c’est tout « croche » c’est solitaire, ça fait mal en dedans parce que tu te remets en question, parce que tu travailles fort… donc là « je me paie la traite » en ce moment… « c’est du bonbon », de pouvoir sortir et rencontrer des gens… je leur ai dit à la maison d’édition, je veux être sur tous les salons, comptez sur moi, TOUS !… je veux être là ! (rires) ».

« C’est important de le faire vivre ce livre, d’aller à la rencontre des gens… et chaque personne est importante, chaque cœur, chaque histoire est importante… C’est un cadeau que je reçois à chaque rencontre… ».

Un cadeau mutuel, vraiment.

« Mon livre me ramène à la bonne place »

À titre de témoin j’ai eu le plaisir d’observer, le jour de ma visite sur le stand à Livre Paris, cette disponibilité et l’authentique plaisir que prend Manon à ces rencontres et ces partages… On sent chez elle un réel et sincère intérêt, envers chacune des personnes qui viennent à sa rencontre. Elle est là, entièrement.

En d’autres lieux et circonstances j’ai souvent été étonnée par cette même disponibilité et sa réactivité, qui invariablement ne manquaient pas de m’impressionner, en laissant deviner une capacité de travail dont je ne suis pas sûre qu’elle me caractérise…

Ce succès croissant et les sollicitations accrues qu’il entraîne, sont pour elle un nouvel apprentissage, une invitation à se positionner pour mieux dédier son temps et son énergie, à ce qui compte vraiment : « C’est vrai que je reçois beaucoup de messages, beaucoup plus qu’avant… Je me donne la permission de ne pas répondre à tout… Avant j’avais de la difficulté à le faire parce que je me sentais coupable […] Et à un moment donné je me suis dit Manon, t’as une famille, t’as du travail – parce que quand même, à travers tout ça je travaille (rires) -, donc il faut que je garde mon énergie à la bonne place… Et donc là c’est un exercice extraordinaire pour me ramener à la bonne place… ».

« Tu sais, cette culpabilité que tant de femmes ressentent… ben moi ça m’aide à me dire « je suis humaine, je vais me choisir… et mon chum, mes enfants sont là pour me ramener en disant « t’es encore sur ton cellulaire »… Je pourrais répondre jour et nuit… mais c’est précieux d’avoir ce reflet-là, je ne veux pas être la mère qui est tout le temps sur son cellulaire, c’est facile de l’être… ».

« Ma peur avant c’était, mais si je ne réponds pas les gens vont penser que je ne suis pas gentille (rires)… Mais j’essaie d’être disponible là où ça compte le plus… avec mes cohortes des ateliers en ligne, etc… C’est comme essayer de danser un tango… Y’a pas de recette… ».

La communauté des Muses, une deuxième famille

Dans cette aventure-là, Manon sait pouvoir compter sur le soutien de sa communauté, ses Muses avec qui elle entretient un lien fort et particulier, empreint de réciprocité. Certaines d’entre elles sont présentes depuis les tous débuts…

La communauté grandit à vue d’œil et rassemble aujourd’hui des milliers de Muses éparpillées dans tous les pays francophones. Manon ne craint-elle pas une dilution de ce lien, avec l’arrivée quotidienne de nouvelles personnes ?

« Peut-être que ça m’a fait peur au début, mais en même temps, dans mes ateliers, mes escapades, mes accompagnements privés, je suis à 200% là, les gens ont accès à moi… C’est ça aussi qui m’a aidée à relativiser les réseaux sociaux… La majorité de mon énergie, je la mets là où ça compte le plus, c’est-à-dire les gens avec qui je travaille… Ça c’est important pour moi… et puis que les gens se sentent accueillis, que ce soit chaleureux, c’est ce dont j’ai besoin pour moi d’abord et avant tout, c’est ce que j’aime… ».

« La communauté M comme Muses existe depuis 2009, avec des Muses qui me suivent depuis mes débuts, qui font les ateliers, les escapades etc… Je les vois comme des « fées marraines », qui sont là pour veiller sur les autres… Maintenant elles se répondent les unes aux autres, j’apprends à faire confiance à ça aussi ; j’ai une grande confiance en mes Muses, ce sont des personnes extraordinaires… Quand ça part d’un noyau solide avec cette notion d’amour-là et de confiance, c’est ok… » .

« J’apprends à naviguer avec ça… cette ouverture-là, cette confiance-là, et à me dire, « je ne suis pas obligée de tout faire, d’être là tout le temps, partout… Il y a des personnes extraordinaires qui sont là, et tout le monde grandit ensemble ».

« La communauté des Muses c’est ce qu’il y a de plus important pour moi parce qu’on grandit au contact les unes des autres… C’est la base de tout, de ce que je fais… Ma communauté était là dès le jour « un »… Sans les Muses ça n’existe pas, ça n’a pas de saveur, pour moi c’est comme une famille… ma famille c’est ce qu’il y a de plus important dans ma vie, puis il y a ma communauté des Muses… ».

« Donc le nombre de Muses, c’est pas important, quand les bases sont là pour dire « ici c’est un espace chaleureux, libre de publicité, avec du respect » ; j’émets le souhait que ça reste comme ça, peu importe la taille ».

« Et je vois en escapades, les anciennes sont là pour accueillir les nouvelles… Ça, j’ai envie de pleurer, je trouve ça tellement beau, ça me fait tellement chaud au cœur… Quand moi je ne suis pas disponible, il y a toujours une Muse qui l’est… « ça c’est ma paie »… c’est un peu comme quand on voit nos enfants grandir et qu’on se dit « oh mon Dieu ils sont bien élevés ! » (rires).

Oui, on se sent bien et en famille, dans cette si belle communauté.
Et on se sent bien auprès de Manon, mais l’entretien touche hélas à sa fin et pour conclure, je lui demande alors un dernier conseil, celui qu’elle prodiguerait à quelqu’un qui souhaiterait créer une vie professionnelle à sa propre image… Des mots qui ont pour moi valeur de précieux témoignage.

Avancer malgré la peur…

« La question première à te poser c’est, « en quoi tu crois ? »… C’est LA question fondamentale, celle qui te ramène à ton essence… Et c’est un filtre pour toutes tes prises de décision… Ensuite, il faut faire la paix avec le fait de ne pas savoir comment s’y rendre, comment ça va se réaliser… Personne ne sait… Et justement, le fait de ne pas savoir, ça ouvre beaucoup de portes… ».

« Le plus important est de prendre cette décision non négociable, et de tenir cette promesse envers soi… Ne pas bousiller ça avec toutes ses peurs, se dire, je ne sais pas comment ça va s’appeler, c’est pas important mais c’est ça que je choisis… c’est tout… ».

Et ne jamais cesser de créer : « plus tu crées, plus ton portfolio est important… donc on peut s’assurer que l’autre au bout du fil ait bien compris : « vous vous engagez à acheter ça »… et puis il faut être capable de refuser des contrats… ».

Enfin, « savoir bien s’entourer, être bien accompagnée… quand on a peur on a tendance à s’isoler, on se fige en dedans et c’est la mort… [c’est important de] se rendre compte que l’on n’est pas seule à vivre ça, tout le monde le vit… ».

« La différence entre ceux qui livrent et ceux qui restent paralysés : les premiers ont avancé quand même… il faut avancer malgré la peur, c’est juste ça… ».

Avancer malgré la peur.
Pour faire une œuvre de sa vie, en créant le meilleur de soi.

En conclusion,

Au-delà du plaisir immense que fût le fait de rencontrer Manon et passer avec elle ce temps de qualité, l’écriture de ces articles aura été pour moi une riche et belle expérience, qui m’aura fait grandir bien plus que je n’aurais cru.

Je pense avoir traversé une à une toutes les phases que m’avait décrites Manon, de la paralysie totale à la recherche de solutions « au plus près de moi », pour contrecarrer la pression (pourtant inutile, si on y réfléchit, mais on ne se refait pas)… Moi aussi j’ai déplacé les meubles, « mais pas que »… Croyez-moi sur parole, ces trois articles auront été écrits dans une incroyable diversité de lieux, situations et positions, en fonction des besoins qui se faisaient sentir sur le moment…

À l’heure où j’écris ces lignes, je m’aperçois que j’ai du mal à conclure… Non plus cette fois parce que les mots ne « couleraient » plus – ironiquement ils se bousculent alors que je m’apprête à les remercier -, mais parce que mettre un point final équivaut à ranger cette expérience parmi d’autres, dans les archives d’un proche passé…
Alors plutôt qu’un point, couperet bien trop brutal malgré sa rondeur affichée, après ces trois articles j’opterai pour finir, pour un trio de pointillés… pour que dans l’avenir nous puissions reprendre l’histoire, là où nous l’avons laissée…

 

Extrait du livre "Créer le meilleur de soi" par Manon Lavoie
©Manon Lavoie – M comme Muses

Merci de tout cœur Manon, pour ta profonde gentillesse, ta générosité et ton grand talent d’accoucheuse 😉
Et au bonheur d’une prochaine fois…

 

 

 

 

 

Manon Lavoie, Faire de sa vie une œuvre… Œuvrer au cœur de l’Être… (Partie 1)

Se relier au cœur et au moment présent, par le fait de créer. Délaisser le mode rationnel au profit du monde intuitif, pour accéder au meilleur de soi. C’est le voyage intérieur qu’a entrepris Manon Lavoie et auquel elle convie un nombre grandissant de Muses, grâce aux ateliers et accompagnements qu’elle prodigue.
Fondée en 2010, « M comme Muses » est une combinaison subtile et originale, alliant créativité, psychologie positive et pleine conscience. Une philosophie créatrice de bien-être et propre à enclencher dans la douceur un cercle vertueux, au profit d’une vie plus riche et pleine de sens. Itinéraire d’une Muse au grand cœur, qui a touché le mien.
Portrait de Manon Lavoie par Maxyme G. Deslile
Manon Lavoie par ©Maxyme G. Deslile

Paris, 16 mars 2018.

Tout juste débarquée de son avion en provenance du Québec, Manon Lavoie est présente au Salon du Livre pour y présenter et dédicacer son premier livre, « Créer le meilleur de soi ». Une pépite à fort pouvoir inspirant, devenue depuis plusieurs mois mon compagnon de voyage et qui a encore accru mon envie de rencontrer son auteure, dont je suis le parcours depuis plusieurs années et goûte avec délectation, l’un de ses ateliers en ligne.

De fait, son passage en France est une véritable aubaine et c’est tout à la joie de la retrouver enfin, que je fais chemin vers elle. Mon impatience est d’autant plus vive que Manon a accepté de me raconter son parcours au cours d’un entretien, qui donnera matière à la rédaction d’un portrait. Un exercice que j’aime, mais auquel je ne me suis pourtant pas consacrée depuis plus d’une année. Sans doute attendais-je de trouver une Muse, dont l’histoire pourrait m’inspirer…

La rencontre fût telle que je l’envisageais, totalement fluide et naturelle, vibrantes de belles émotions. Avec pour moi le bonheur de constater, que la voix de mon cœur ne s’était pas trompée ; « what you see is what you get ». Il n’y a pas erreur sur la personne, celle que j’eus face à moi est bien la même qui transparaît, à travers ses écrits et ce qu’elle créée, tous ses partages et ce qu’elle fait. De la douceur, de l’authenticité, beaucoup de chaleur et de générosité… Le temps m’a paru court, tant on se sent bien à ses côtés… (De cette rencontre et l’importance qu’elle revêt pour moi, je vous en dis plus dans un second article disponible ici, si le cœur vous en dit).

Notre entrevue s’est avérée très riche et je me considère vraiment chanceuse d’avoir pu recueillir ses propos, dont beaucoup – et ce n’est pas une surprise – ont fait en moi écho. Je me sens dépositaire d’un témoignage précieux, et comme la seule vraie richesse est dans le partage, je suis heureuse de vous en livrer à mon tour, les éléments-clés.

Un lent retour à soi et à la créativité

Toute vie d’entrepreneure comporte des débuts. Et en amont du démarrage, les expériences préalables sont souvent signifiantes, elles constituent le socle fondateur qui oriente et éclaire les choix futurs.

Avant de fonder M comme Muses, Manon était conseillère en communication.

Un métier dont elle avait espéré qu’il puisse être une voie d’expression pour la créativité qui l’habitait depuis l’enfance, mais dont les études et une vie à construire, l’avaient peu à peu éloignée. Entre ses aspirations et la réalité, elle mesura très vite, néanmoins, le décalage. Pas ou peu de place pour cette dimension, dans les fonctions qu’elle occupait : « La créativité dans l’introspection ou dans le « faire pour faire », ça n’existait vraiment plus », dit-elle.

De fait le bonheur professionnel n’est pas au rendez-vous, Manon n’est pas heureuse sur le marché du travail et « se cherche », sans savoir encore vers quoi s’orienter.
Sur le plan personnel en revanche, la naissance de ses enfants vient la combler. C’est dans la maternité qu’elle trouve tout à la fois une source d’épanouissement, et le facteur déclenchant, pour amorcer un vrai changement : « Quitter son emploi, la sécurité, c’est un « gros morceau »… L’arrivée des enfants m’a donné le courage de faire ce virage à 180°, pour suivre le cœur plutôt que la raison ».

Avant ce grand virage il y avait eu, comme elle les appelle, des « zones de décompression », avec de premières expériences en tant qu’indépendante dans le domaine de la communication, du graphisme, ou en tant que rédactrice en chef d’un webzine autour de la maternité : « Je tournais autour de mon essence… Sans idée de ce qu’elle pouvait être, mais en me disant, « il doit y avoir quelque chose de plus, que d’être juste là, à travailler » ; « J’étais capable de beaucoup de choses – écriture, graphisme… – mais sentir viscéralement, « je suis là, à la bonne place », je ne l’avais jamais ressenti autrement que par la maternité ».

La venue au monde de son troisième enfant s’accompagne d’un déclic déterminant : « ça a été comme une grande vague qui m’a soulevée, ça a été plus grand que moi, [cette envie] de renouer avec ma créativité, celle qui était là depuis l’enfance mais que j’avais mise de côté… ».

L’aventure du blog… Honorer la vie telle qu’elle est…

©Manon Lavoie – Extrait du livre « Créer le meilleur de soi »

Restait à trouver le moyen, une voie d’expression possible. Après ces années professionnelles consacrées à écrire au nom d’autres que soi et sur des thèmes peu exaltants, Manon souhaite, selon ses termes, « se réapproprier ses mots » : « Je me suis posé la question : qu’est-ce qui me passionne ? J’ai envie de parler de quoi ? C’est énorme parce qu’alors tout est possible ; et comme c’était la maternité qui était le plus près de moi, j’ai ouvert un blog qui s’appelait M comme Maman…».

Un blog dont la création ne revêt pour elle aucun enjeu. A travers cet outil qu’elle découvre, elle a simplement à cœur de témoigner du quotidien en mots et en images, à travers ce qu’il porte déjà en lui de merveilleux : « L’idée était juste d’honorer ma vie telle qu’elle était… Je l’ai fait pour moi d’abord, pour mes enfants, pour laisser des traces de leur petite enfance… Ça a été un point de tournant tellement rafraîchissant de pouvoir faire ça, juste pour le goût… Ne pas chercher à faire quelque chose de beau, de parfait, mais juste savourer, vraiment comme si j’étais en train de déguster le meilleur des fruits qui était mûr… ».

Sans projection prématurée dans « un après », où il serait éventuellement question d’en faire quelque chose… Être là, simplement.

L’expérience la transforme en profondeur et en face, les retours ne tardent pas à se manifester. Rapidement l’audience grandit, le blog se forge un lectorat de plus en plus nombreux au gré des billets quotidiens que publie Manon : « Je m’étais mis en tête de publier un billet par jour, pour avoir une certaine structure en même temps, à travers ça… Pour que la créativité rejaillisse, on a besoin de contraintes ».

En se retournant sur cette période, Manon s’étonne aujourd’hui de constater que bien avant cette expérience, « tout était là » depuis toujours : « Avant d’avoir des enfants, j’avais retrouvé un truc que j’avais écrit, ARTIS, un texte sur l’importance d’être l’artiste de sa propre vie… Je l’écrivais, mais j’étais complètement « sourde et aveugle », j’étais à l’extérieur, c’était loin d’être intégré, loin, loin, loin… Mais tout était là, c’est ça qui est hallucinant… Et aujourd’hui c’est ça mon travail, c’est d’aider les gens à voir que tout est là. C’est un peu comme une chasse au trésor dont les indices ne sont pas cachés, ils sont toujours présents mais on ne les voit pas, parce qu’on est dans notre tête… Quand on descend de la tête au cœur, donc du mode rationnel au mode intuitif, c’est là qu’on a accès à toutes les réponses. Ça nous donne une nouvelle paire d’yeux, pour voir que tout est là, gros comme des panneaux publicitaires sur le bord de la route… ».

L’envie me vient de glisser ici un aparté… A travers divers exercices et projets créatifs proposés par Manon dans son livre ou son atelier, j’ai moi-même expérimenté à plusieurs reprises ce type de « révélation soudaine » d’une vérité qu’on porte en soi sans pourtant la voir. J’en ressors invariablement bluffée et surtout plus riche de ces ressources insoupçonnées, et je ne peux donc que confirmer ses propos et vous inviter à y goûter par vous-même…

Un pas à la fois, s’ouvrir à ce qui est là

Comme souvent lorsqu’on fait les choses avec cœur et sans y attacher un but particulier, les opportunités fleurissent et des portes s’ouvrent, sans qu’on y ait pensé ou qu’on l’ait provoqué. Le succès grandissant du blog se confirme, et bientôt Manon se voit sollicitée par des lectrices, qui lui témoignent leur envie de faire un atelier avec elle. Au départ, ces demandes la déconcertent un peu : « Je me disais « mais de quoi ?? » (rires)… « Je ne comprends pas, qu’est-ce que vous voyez que je ne vois pas ?! ».

L’idée est toutefois lancée et elle va cheminer dans l’esprit de Manon, jusqu’au jour où celle-ci se sent prête à essayer : « à un moment donné j’ai pris mon courage à trois mains et je me suis dit « Bon ben, j’y vais »… Donc j’ai ouvert un premier atelier, j’ai eu 15 personnes qui se sont présentées une journée complète… J’avais fait mes devoirs, je m’étais assise avec plein de livres qui me passionnaient pour voir ce que je pouvais partager mais aussi ce que je faisais spontanément, puis on a créé ça… ».

Nouvel aparté… Peut-être pas protocolaire dans le cadre d’un portrait, mais après tout les codes sont faits pour être renversés et c’est moi qui suis au clavier, alors je m’autorise ce pas de côté (sourire)…

J’ai été sensible à cet emploi du « on »… C’est un trait caractéristique de Manon, que cet esprit de croissance collective. De ses Muses qu’elle accompagne elle dit souvent, que nous avançons toutes ensemble à ses côtés (pas « elle devant et nous derrière »), et cette approche qui mêle proximité et humilité, est sans doute l’une des dimensions qui me touche le plus, et à laquelle je suis très attachée. Fin de l’aparté !

À l’issue de cette première journée d’atelier, un voile s’était comme levé et tout lui paraît clair : « Je me suis dit, oh mon Dieu, je n’ai aucune idée de comment ça s’appelle, mais c’est ça, exactement, que je veux faire toute ma vie ».

Atelier M comme Muses - Le bien-être par la créativité
©Manon Lavoie – Extrait du livre « Créer le meilleur de soi »

M comme Muses n’était pas encore née, mais la graine était semée et tout doucement, allait commencer à éclore : « J’ai continué à proposer des ateliers quelques mois comme ça, puis ensuite je me suis dit « un week-end ça doit être extraordinaire donc j’ai fait une première escapade ». [Une escapade s’étend sur un weekend entier et permet aux participantes de plonger dans le processus de création et d’introspection en compagnie d’autres Muses, NDLR].

Un pas de plus, dont elle ne mesure pas qu’il va occasionner un tournant décisif.
Le hasard, à qui l’on peut se fier pour tout orchestrer à la perfection, s’arrange en effet pour que cette escapade accueille en son sein une jeune femme nommée Mélanie Thivierge. Laquelle est rédactrice en chef au sein d’un important magazine québécois, et conquise par les activités proposées par Manon.

Quelques mois plus tard, cette dernière reçoit un appel du magazine lui demandant d’être conférencière sur scène, devant un public composé de 400 lectrices : « Là le syndrome de l’imposteur a embarqué, naturellement… Je me suis dit, de un il faut que j’aie un site web, un nom, quelque chose… et une certification, c’est important… Alors j’ai trouvé aux USA une certification qui forme à l’accompagnement des artistes, et dont j’ai ramené ce qui me parlait, dans mon univers… ».

Manon n’en conserve que l’aspect Kaïzen, la philosophie « des petits pas » : « C’est ma propre médecine, ça a littéralement changé ma vie… Y aller à petites doses, sortir de la pensée du tout ou rien… Ça n’empêche pas de rêver grand, mais on y va une étape à la fois ».

La subtile alchimie qui compose M comme Muses est en train de prendre forme, selon les principes mêmes qui sont au cœur de sa philosophie : un pas après l’autre, les deux pieds dans l’instant présent et dans l’ouverture à ce qui est… La meilleure façon, dit Manon, « de voir et apprécier tout ce qu’il y a de beau en chemin ».

Le tournant décisif… Toucher à son essence…

10 novembre 2010.
10.11.10. Une jolie date sur le papier et une belle étape sur le chemin, sans nul doute.

Ce soir-là M comme Muses débute officiellement son existence, face à un auditoire bienveillant et manifestement conquis. Manon me fait le récit de cette soirée avec une émotion encore palpable et si communicative, que j’en suis moi-même transportée.
Et comme il n’y a aucune raison pour que je sois seule à en profiter, j’ai l’élan de vous partager ses mots quasi intégralement :

« Ce soir-là je m’étais fixé comme objectif de « laisser l’ego à la maison », je ne voulais pas en descendant de scène, être dans l’autocritique et saboter ce moment précieux… je voulais être fière de moi, être bien avec moi… et toucher un cœur, au moins UN cœur… bon, pendant la soirée je me suis dit que je m’étais préparée pour 2000 personnes et non 400, parce que je me disais « mon Dieu y’a personne » (rires)… mais je voyais juste 400 sourires… 400 fois un sourire… chaque personne… [et je me souviens m’être dit], mais c’est ça la vraie vie, au lieu d’être dans notre cerveau qui a peur… c’était une symbiose avec du monde qui avait besoin d’entendre ce que j’avais à dire… ça a été tellement révélateur, j’en ai la chair de poule parce que c’est ça, juste « connecter avec l’être humain »… et aujourd’hui c’est ça mon travail… d’être avec l’être humain, juste ça… le moyen, c’est purement pratique… la créativité c’est une façon pour moi de respirer, c’est quelque chose que je fais naturellement mais il y a tellement d’autres façons… comme toi les mots, le yoga, le coach de course à pied, je sais pas… même la personne qui te sert au resto, elle est importante… ».

Ce baptême du feu fût donc riche en émotions et en prises de conscience, qui une fois intégrées influeraient énormément sur la suite, en favorisant un lâcher-prise propice à d’autres déploiements : « J’ai réalisé ce soir-là que même si mon entreprise ne marchait pas, j’avais compris quelque chose d’important qui me serait toujours utile, quoi que je fasse pour gagner ma vie… ça a enlevé beaucoup de pression, et de là j’ai eu accès au meilleur de moi… quand tu lâches prise, c’est comme un vortex qui multiplie qui tu es, ton essence… quand tu y as goûté, ça vibre là, en ton centre… les autres ont ensuite accès au meilleur de nous, c’est contagieux… on reçoit du feedback qui nous donne des ailes… on rencontre des personnes extraordinaires, qui sont des agents de changement sur notre route… ».

Bon à ce stade, je dois bien avouer que j’ai un peu décroché car cette réalité m’échappe et je ne comprenais pas du tout ce dont elle me voulait parler ! (clin d’oeil).

Mon principe de gestion d’entreprise, c’est « comment je me sens »

M comme Muses est désormais lancée et l’activité progresse au fil des ans, de sorte que Manon commence à faire parler d’elle. En 2015 le magazine québécois « Les Affaires » – qui par définition cible le marché des affaires, CQFD -, la sollicite pour une entrevue dans le cadre d’un article où il sera question de ces femmes et hommes orchestre, qui se dédient de A à Z à la gestion de leur entreprise (en endossant le web, la communication, etc…).

Au nombre des questions que lui soumet la journaliste, cette dernière lui demande si elle dispose d’un « plan d’affaires » (ce qu’ici nous avons coutume d’appeler, en bon français de France, un « Business plan », NDLR). Ce à quoi Manon répond par la négative, en expliquant que son principe de gestion d’entreprise repose avant tout sur ses ressentis et sa boussole intérieure : « J’ai étudié là-dedans, je sais très bien comment faire un plan d’affaires, mais ça a été une promesse que je me suis faite dès le début, de ne pas salir, de ne pas ternir ce à quoi je goûtais… de préserver cette liberté-là… ; la première fois que j’ai fait un atelier, j’étais pieds nus, et il n’y avait personne pour me dire que je n’avais pas le droit (sourires)… J’ai ramené ça dans mon principe de gestion d’entreprise, en me disant que rien ne personne n’orienterait mes choix, hormis moi-même et comment je me sens… c’est tout ».

Une fois l’entrevue terminé et sitôt après avoir raccroché le téléphone, Manon est tout de même saisie d’un doute : « Je me suis dit, oh mon Dieu j’ai l’air d’une vraie bohème va-nu-pieds, je vais passer pour la fille pas « groundée », la folle du groupe ! (rires) ». Bien loin de cette image fantaisiste, elle fait au contraire figure de précurseur ou en tout cas, témoigne d’une réalité de plus en plus prégnante, la rassure la journaliste.

Pour les activités qui se développent sur le web en particulier, cette souplesse est même devenue une nécessité : « ça doit rester très organique pour pouvoir se retourner rapidement… c’est comme une danse… s’il n’y a pas de réponse en face, pas d’écho, mon travail est de trouver une nouvelle formule qui me plaise aussi à moi… parce que si je me sens bien, eh bien nécessairement je rayonne… ; donc non, pas de plan d’affaires… j’ai une vision à long terme, et encore, long terme c’est un an, deux ans, mais c’est tout… ça s’appellera comme ça s’appellera, ce n’est pas important, je veux juste faire ce travail là et être aussi heureuse qu’en ce moment, c’est ça mon plan d’affaires… ».

« Je choisis d’aimer… »

Être heureuse de faire un travail qu’elle aime, et surtout ne plus laisser les circonstances extérieures, conditionner son propre bonheur… Ce détachement ne naît pas en un jour mais résulte d’une conquête progressive, où d’autres territoires restent toujours à explorer. « C’est un grand dépouillement », m’explique Manon, où « c’est pas chic, c’est pas beau, t’es toute seule… ». Mais c’est à ce prix qu’a pu s’enclencher pour elle le point de bascule, vers une véritable forme de renaissance…

« Pour moi c’est passé par une grande fatigue de me battre, et surtout d’être promue par la peur… [j’avais] peur de retourner sur le marché du travail, les premières années… mais en même temps, j’étais la pire boss pour moi-même !… au point de me lever à 5 heures du matin pour débuguer mon site web et en attraper une tendinite… je n’aurais jamais accepté ça de quelqu’un d’autre et pourtant je le faisais pour moi-même… ».

Dessin coeur
©Manon Lavoie – Extrait du livre « Créer le meilleur de soi »

Cette grande fatigue qui s’installe dans la durée la prend au dépourvu, Manon l’assimile à « une espèce de dépression », un passage certes inconfortable mais toutefois salutaire, grâce auquel elle accède à « son centre » et à la vulnérabilité : « celle qui te fait dire, « au diable, tout, est-ce que je suis capable d’être bien, peu importe où je vais aller » ?… « ça m’a permis de renaître à moi-même, en faisant le choix d’avancer par amour et non plus dans la peur ».

Ce renversement l’a délestée de bien des fardeaux et reconnectée à l’essentiel, son essence à elle : « ce que les autres vont penser, ce n’est plus important ; c’est différent que de faire les choses pour plaire, ou de les faire en offrant le meilleur de soi… J’aime aimer, je choisis d’aimer, mais si l’autre ne m’aime pas, ça ne m’appartient plus… Je ne veux pas être aimée à tout prix… ».

Dans la droite ligne de cette logique, « le livre [« Créer le meilleur de soi », NDLR], je l’ai fait pour moi. C’était un cadeau que je m’offrais à moi, je voulais me sentir bien en le voyant… et puis qu’il touche au moins un cœur… ».

Force est de constater qu’il en a touché bien plus, et contaminé une multitude de femmes et d’hommes – ne les oublions pas, car il y en a ! – désireux de renouer avec eux-mêmes et leur part créative. Un succès qui ne se dément pas puisqu’à l’heure où je boucle cet article le livre vient de partir pour la seconde fois en réimpression, preuve de l’engouement qu’il suscite.
Dans la seconde partie de ce portrait Manon revient sur cette aventure au long cours, nouvelle étape très signifiante sur son parcours…

 

Comment j’ai rencontré Manon Lavoie…

Qui ne connaît pas Manon Lavoie lève le doigt ! Fondatrice de « M comme Muses » et auteure du livre « Créer le meilleur de soi », cette belle âme inspirante est une de ces rencontres, que je n’oublierai pas. Et pour cause… Parfois, certains souvenirs précèdent leur existence. Comme s’ils étaient écrits, avant que tout commence. En marge de son portrait, livré dans un second article, voici l’histoire de ma rencontre avec Manon. Où la raison n’a rien à voir, car elle se fonde sur l’intuition.

L’écriture de portraits est un des exercices que je préfère et pourtant, plus d’une année se sera écoulée sans que je m’y adonne ou même que j’en ressente l’envie. Et sans besoin d’y réfléchir, cette pause involontaire m’apparaît tout sauf surprenante. Au cours de cette année pour le moins chaotique, il m’aura fallu lever tant de freins et franchir tant d’obstacles extérieurs comme intimes, que non seulement l’espace manquait pour satisfaire cet appétit, mais surtout j’en avais presque oublié les élans de mon cœur, délaissé malgré moi au profit de ma tête tournant à plein régime…

À l’heure où je m’élance vers une vie nouvelle si longtemps convoitée, libérée de ces poids qui m’écrasaient les ailes, je renoue avec moi à la faveur de l’accalmie et ce faisant, je retrouve peu à peu ce qui m’anime et me motive profondément. Le terme renaissance ne semble pas exagéré, et en ces circonstances sachez-le, la magie se déploie et convoque le hasard, pourvoyeur de beauté. On s’ouvre à des possibles qu’on n’avait jamais vus, la vie sème des indices comme des cadeaux inattendus, tels des murmures complices qui viennent nous souffler, « continue »
Parmi ces beaux cadeaux dont elle m’a gratifiée, la vie a mis sur mon chemin une Muse québécoise porteuse d’un doux prénom, dont l’inspirant parcours et la personne qu’elle est, ont su me rendre le goût d’esquisser un portrait. Son visage et son nom vous sont peut-être familiers. Que vous la connaissiez ou non, c’est pour moi une joie profonde et un vrai privilège, que vous la présenter. Mais avant cela j’aimerais vous raconter, comment j’ai un jour rencontré… Manon.

Il était deux voies…

Depuis longtemps je me passionne pour les histoires de vie, les itinéraires de chacun et les choix qui les déterminent, les points de bascule qui infléchissent nos destinées… Tout ce qui constitue notre « Légende personnelle », pour qui a lu Paulo Coelho dont le roman « L’Alchimiste » m’avait beaucoup marquée… [N.B. : tous les intertitres contenus entre guillemets, en sont extraits].

Ce qui me fascine plus encore, est la façon dont certaines trajectoires, longtemps indépendantes et parallèles, en viennent un jour à se croiser, en un temps et un lieu donnés. Parce que l’heure est venue et que de part et d’autre, les chemins respectifs auront permis que toutes les conditions soient réunies…

Rares et précieux sont ces rendez-vous de la vie marqués par l’évidence, qui à jamais marquent « un avant » et « un après ». L’histoire que je m’apprête à vous livrer est de celles-ci. Il s’en faudrait de peu pour que je l’introduise par « Il était une fois… », mais je vous épargne cette formule rebattue car ici tout est vrai, ce qui accentue la magie, « tous contes » faits.

« Chaque instant de quête est un instant de rencontre »

Manon Lavoie et « M comme Muses », je connaissais depuis des années, de longues années dont je ne saurais faire le compte et au cours desquelles je me suis bornée à suivre à distance, ce qui m’apparaissait comme un exemple inspirant sans que je pense le moins du monde, que des activités de cette nature puissent un seul jour me concerner : « La créativité ? Ah oui vraiment, c’est merveilleux et je l’admire ô combien chez les autres, mais clairement ce n’est pas pour moi ». Telle était ma conviction.

M comme Muses - Le bien-être par la créativité
©M comme Muses

Pourtant… Il y a cet article écrit par elle que j’avais lu et qui m’avait tellement touchée, au point que des années durant, j’en ai conservé le lien parmi les favoris de mon navigateur ; ces visuels inspirants que j’enregistrais à fréquence régulière – avant de connaître ce lieu de perdition qu’est Pinterest ! – et que j’installais en fond d’écran en guise de baume au cœur et de boussole pour l’âme, peut-être ; cette référence (« voir site M comme Muses !! ») griffonnée à la hâte sur un cahier oublié et plus tard retrouvé, sans pouvoir me souvenir ce qu’à l’époque je recherchais ; et plus récemment, mon premier voyage au Québec lors de l’été 2017, avec en amont et tout du long – parce que je préparais ma démission avec ma future vie en ligne de mire -, l’envie insistante de m’offrir en cadeau une « escapade » à ses côtés, sans qu’il me soit possible d’assouvir mon envie, à ce moment précis…

Autant de pointillés, invisibles à mes yeux alors rivés sur le chemin, mais dont je m’aperçois aujourd’hui en me retournant, qu’ils prennent forme cohérente une fois reliés les uns aux autres… Comme des jalons qui baliseraient l’itinéraire.

L’heure n’était pas encore venue mais en coulisses quelque part, cette rencontre se préparait déjà, sans que j’en sois consciente.

« Là où sera ton cœur, là sera ton trésor »

Entretemps, c’est par le biais des mots que j’ai entrepris de revenir vers moi, comme Manon en son temps, ainsi que je l’appris plus tard.

Depuis l’enfance j’avais toujours été une grande lectrice, éperdue d’admiration pour ces plumes inspirantes qui à l’appui de quelques phrases, m’offraient un ticket pour le rêve, les émotions et l’évasion. Sans préavis et sans motif, un beau jour j’ai commencé à écrire. Juste pour moi. Un peu comme Forrest Gump s’est un jour mis à courir. Juste comme ça.

Au cœur de la grisaille où je me débattais, les mots ont rallumé mon cœur éteint, attisé l’étincelle qui tout au fond couvait et sans même le savoir, j’ai découvert à travers eux un espace de liberté immense et tellement savoureux, qui à certains égards avait beaucoup à voir avec… la créativité. Mais un tel mot ne trouvait pas sa place dans mon vocabulaire. De fait je n’osais toujours pas me réclamer de ce terme, pensant qu’il était l’apanage d’une poignée d’élus et que mes timides expériences, teintées d’amateurisme et pour le moins approximatives, ne m’en rendaient pas digne (j’ai toujours aimé me mettre beaucoup de pression !).

Créative, moi ? Jamais. Mais qu’importe le nom que prenait cette activité, l’écriture est devenue pour moi tout aussi vitale que l’air filtré par mes poumons. J’ai peu de certitudes, mais je tiens pour certain que les mots m’ont sauvée, en m’extrayant d’une vie terne et insipide.
Et donc fort logiquement, en vertu de cette vérité, c’est par les mots et grâce à eux, que j’allais rencontrer Manon.

« Il n’y a qu’une façon d’apprendre, c’est par l’action »

En cette période de ma vie où je suis au défi d’inventer et créer mon avenir professionnel, j’ai ressenti le besoin viscéral d’élargir mes horizons, l’envie d’enrichir ma pratique d’écriture au moyen d’autres expériences créatives dans lesquelles jamais, je n’avais osé m’aventurer. J’avais déjà les mots, un goût pour la photo à laquelle je m’essayais de temps à autre ; j’avais envie d’images, de vie et de couleurs ! La peinture notamment m’attirait, mais je me demandais quoi faire et surtout, comment le faire ?!

Je me revois en ce début d’année 2018, évoquer mes élans naissants à une amie, tout en lui partageant ma frustration : « Tu vois, je sens que ça m’appelle, mais je ne sais pas comment m’y prendre… Je me sens totalement ignorante et je déteste cette sensation, c’est tellement désagréable »…

Je raisonnais encore à l’envers, soucieuse de performance et en proie à une quête esthétique, qui me paralysait et empêchait toute tentative.

Mais l’envie néanmoins était bien présente et sût se montrer la plus forte, de sorte que mon souhait ne tarda pas à être exaucé.

« Quand tu veux une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir »

Cette période coïncidait en effet avec la sortie française du premier livre de Manon, nouvellement publié. « Créer le meilleur de soi ». Un titre ô combien inspirant et en accord avec mes aspirations. Dans cette histoire diffuse, qui depuis des années me reliait à elle, un nouveau pointillé, à nouveau un jalon. Entretemps, diverses expériences m’avaient permis de comprendre quelques-unes des lois de la vie, dont celle-ci : « Quand ça résonne, ne te pose pas de questions et fonce ».
Je décidai de me procurer le livre. Sans doute avais-je déjà pressenti que beaucoup de réponses m’y attendaient. À peine l’ai-je tenu entre les mains, que j’ai compris quel allié précieux il serait, dans ce changement de vie tout juste entrepris.

Livre Créer le meilleur de soi par Manon Lavoie
« Créer le meilleur de soi » par Manon Lavoie (Éditions Druide)

Et de fait, comment vous dire… J’y ai trouvé tellement plus, que ce que je croyais chercher. Au-delà même du fait de me (re)mettre à créer.
Ce livre n’est qu’amour, il respire la douceur et crée le calme à chacune de ses pages, il inspire le meilleur sans artifices ni étalage, il est tout simplement vrai, sincèrement bienveillant et chaleureux. Et sans connaître Manon « pour de vrai » j’ai eu la certitude en le parcourant, que son livre bienfaisant était à son image. L’avenir allait me donner raison.

Depuis mon cœur lui tient une place à part, non seulement pour ce qu’il m’apporte, les fenêtres qu’il ouvre autour de moi et en dedans ; mais aussi pour ce qu’il porte à mes yeux d’essentiel, ce qu’il traduit si joliment, des deux versants d’un potentiel.

Pour Manon qui l’a écrit en y mettant le meilleur d’elle-même, ce livre est un splendide accomplissement, le fruit d’un cheminement riche de plusieurs années, la synthèse réussie de ce en quoi elle croit et met en œuvre dans sa vie propre et au profit de sa communauté… ses Muses, comme elle aime les (nous !) appeler.

Pour moi lectrice, « Créer le meilleur de soi » est tout à la fois une étincelle, une ouverture, le bonheur d’entrevoir un chemin possible et l’amorce d’une réponse à tant de mes questions.

Tout cela doublé d’une connexion avec son auteure, indéniablement. Difficile à traduire en mots. Comme une évidence, une reconnaissance du cœur traduite par une infinité de résonances, et ces heureux hasards qu’on nomme souvent coïncidences, sachant bien sûr qu’ils sont tout sauf cela… Jusqu’à ce nom dont la sonorité n’a pas manqué de me faire sourire, un jour où à nouveau je m’étonnais d’une synchronicité tout bonnement stupéfiante… Un nom qui semble dire, « Pssttt, regarde, c’est par là… ».

« Si tu améliores le présent, ce qui viendra ensuite sera également meilleur »

Alors je m’en suis allée voir par là, pour découvrir qu’à bien des égards moi aussi je m’y trouvais, dans cet espace de créativité que j’avais craint autant qu’envié, et dont j’avais toujours pensé « tout le monde, sauf moi »…
Avec délectation j’ai renoué avec les couleurs et les images, et surtout j’ai appris à délaisser la tête, pour revenir au cœur. Ouvrant ainsi la porte à des messages dont j’ignorais qu’ils étaient là, bien qu’ils sommeillent depuis toujours au fond de moi.
Et oui, de plus en plus, j’ai le sentiment de marcher sur ma voie… Le chemin s’éclaire peu à peu, le brouillard se dissipe et si des peurs persistent, j’apprends à avancer avec elles et à faire confiance, en ce qui adviendra…

Est-ce la fin de l’histoire ? Sûrement pas…

Tout juste un début. Une aube nouvelle, porteuse de belles promesses. Mais pour ce qui est de cet article rassurez-vous, nous arrivons bientôt au bout ! Je n’ai pas perdu de vue mon but initial, qui était de vous raconter comment Manon et moi avons fini par nous rencontrer… Nous y voilà.

Après ce rendez-vous manqué pendant mon été québécois, quelle chance y avait-il de croiser son chemin, moi dans mon coin de France et elle si loin là-bas ?

Les probabilités étaient infimes, et pourtant… Un jour où je lui partageais mon regret de n’avoir pu aller à sa rencontre au cours de mes vacances, les yeux écarquillés je lis sa réponse, où elle m’annonce sa venue prochaine en Europe… Dans deux villes proches de la mienne, qui plus est.

Ah ?! Euh… Youpi !!! Qu’elle est belle, la vie, lorsqu’elle devient si simple. Suffirait-il d’émettre un vœu pour se voir exaucée ? Interpelant… Désireuse peut-être d’en avoir le cœur net, je teste une seconde fois le concept, en sollicitant une entrevue dans le but d’écrire son portrait… « Ok »… Ah bah oui, donc ça marche vraiment, en fait (sourire)…

« Il existe un langage qui est au-delà des mots »

16 mars 2018…

Livre Paris 2018 Invitation
Livre Paris 2018

Dans le train qui m’emmène à Paris, les émotions affluent. Je ressens une impatience teintée d’une légère euphorie, mais prévalent surtout un sentiment de paix profonde, une joie sereine. Pour moi qui suis parfois anxieuse face aux échéances attendues, cette totale décontraction m’apporte la meilleure preuve, que je me trouve à la bonne place. Ce que « l’épreuve du réel » ne tarda pas à me confirmer, tant le premier contact fût fluide et naturel…
Si je me risquais à une comparaison – et même si je n’en ai plus l’âge depuis longtemps !! -, j’oserais l’image d’une lycéenne qui après plusieurs années rencontrerait enfin sa correspondante lointaine, avec qui les échanges se seraient jusqu’alors limités à la sphère virtuelle. C’est peut-être cela, la « magie d’Internet », dont je peste souvent contre les effets « moins désirables » mais dont je suis forcée de reconnaître qu’il abolit les distances et instaure de fait une complicité propice aux échanges vrais, sans besoin préalable de briser la glace ou recourir au protocole…

Et puis… Il n’est pas si fréquent qu’une personne soit en tous points, telle qu’on l’imaginait. Comme c’est bon d’être à ses côtés. Une présence douce et apaisante, une authenticité sans fards et cette constante bienveillance… Une profondeur qui n’exclut pas l’humour… voire même peut-être un petit grain de folie, que je n’ai pas eu le temps d’apprécier dans toutes ses dimensions mais qu’il me semble avoir décelé… C’est Manon comme je la connais. Juste une esquisse. Mais malgré le peu que je sais d’elle, je sais que j’ai vu l’essentiel.

« Si tu veux comprendre le mot bonheur, il faut l’entendre comme une récompense et non comme un but »

De ce moment précieux passé ensemble je n’en dirai guère plus, il est des joies que l’on préfère garder pour soi, bien au chaud à l’intérieur. Au rayon des petits bonheurs.

Mais je lui suis infiniment reconnaissante de m’avoir partagé son histoire avec tant de chaleur et de générosité. Je suis comme qui dirait, repartie avec de la matière !! Tout un défi, pour la rédactrice que je suis (sourire). Dans un second article indépendant de celui-ci, je vous invite donc à faire connaissance avec Manon Lavoie, pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas… Et pour les autres, nombreux-ses, qui la connaissent déjà, c’est un plaisir pour moi que de vous partager ses mots, dont beaucoup sans doute, feront en vous écho…

Rencontre avec Manon Lavoie à Livre Paris 2018Au regard de nos uniques parcours qui ont eu le bon goût de nous réunir un jour, ma conclusion ici – et elle est facile – tiendra en une seule lettre.

Un M qui se déploie en version majuscule.

Un grand M comme MERCI.
Un M qui sonne comme « AIME »…
Et à nouveau cela tombe plutôt bien,
Car cette douce injonction, c’est la quête de ma vie,
C’est l’histoire que j’écris.

« Si vous écoutez votre cœur, vous savez précisément ce que vous avez à faire sur terre. Enfant, nous avons tous su. Mais parce que nous avons peur d’être désappointé, peur de ne pas réussir à réaliser notre rêve, nous n’écoutons plus notre cœur. Ceci dit, il est normal de nous éloigner à un moment ou à un autre de notre Légende personnelle. Ce n’est pas grave car, à plusieurs reprises, la vie nous donne la possibilité de recoller à cette trajectoire idéale ».

[Paulo Coelho – L’Alchimiste]

Lettre aux femmes de ma vie

Fleur pétales roses
Jeudi soir… La semaine bien entamée, de même que le moral, qui surfe sur les crêtes d’un vague à l’âme trop bien connu…
Dans mon cycle de femme ce jour passe pour l’instant critique, celui où mes humeurs me rendent colère ou nostalgique, ou toute autre émotion pourvu qu’elle soit paroxystique… Voyage émotionnel entre des pôles aux antipodes, avec pour seule reliance, mon cœur de verre sous électrodes… Prêt à voler en éclats au moindre écueil, aussi vif et joyeux que s’il portait le deuil. L’heure n’est pas à la fête, que je le veuille ou non.
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Dans la flamme vacillante des bougies, des airs de musique folk pour adoucir mes mœurs et me transporter loin, à des milliers de kilomètres ailleurs… Bon sang je me suis vraiment trompée de lieu de naissance, mon âme ne réside pas en France mais tout là-bas aux Amériques… Et ce Québec que j’aime tant… Elles claquent fort ces consonnes, et tout mon cœur résonne de ces accents aux échos familiers… Ça vibre en dedans, c’est un fait, mais pourquoi… je ne sais. Il y a des choses que la logique peine à expliquer, mieux vaut ne pas chercher. Aucun signe extérieur… Une vie antérieure ? Va savoir.

Français est mon palais en revanche ! Dans mon verre, un vin blanc frais me grise un peu, juste assez pour troubler mes yeux mais sans que je sache, si les vapeurs d’alcool sont seules en cause ou si ce trouble n’est qu’une des conséquences de mon humeur morose.
Assise face à l’écran je meurs d’envie d’écrire, libérer ces pensées qui bouillonnent sans répit, mais par où commencer… j’ai du mal à les suivre.
Je sens mon cœur entier, empli d’une sollicitude venue je ne sais d’où, et d’une gratitude qui m’émeut plus que tout. Envers ces femmes, que je connais ou non, issues de tous pays, de toutes générations, ces sœurs vaillantes, ces mères courage, ces solitaires un peu en marge, toutes unies sans parfois le savoir, unies vers celle… que toutes nous voulons être.

Femme libre et belle, aussi douce que rebelle, passionnée passionnante, inspirée inspirante, aimée autant qu’aimante, aimantée vers le seul but qui supplante tous les autres : s’incarner dans son potentiel, se déployer dans toute sa plénitude, et faire de cet accomplissement intime, une réussite universelle.


Femmes qui vous élevez de tout votre être, Muses qui témoignez de qui vous êtes, je vous aime d’un amour tendre. Vous me donnez les ailes qui par moments me manquent, vous me rendez la foi qui parfois me déserte, et vous me touchez droit au cœur, d’un seul battement de votre cœur immense.
Je mesure ma chance d’être à vos côtés, à mesure que j’avance.
Merci.

Écrire me fait peur… et c’est pourquoi j’écris

Snoopy par Schulz
Illustration : ©Schulz – Peanuts.
Traduction : « Son histoire méritait d’être écrite » (vignette 1). « Ou peut-être pas, en fait » (vignette 3).


Les deux pieds dans le plat, aujourd’hui.

La trouille est au menu, et je n’introduis pas une variété nouvelle de cucurbitacée mais bel et bien ce fruit empoisonné qui accompagne nos faits et gestes ; cet ingrédient fort peu digeste coupable de nombreux maux de ventre, ce vil assaisonnement funeste qui donne un goût nommé tourmente (oui oui, rien que ça). J’ai nommé… (attention, éloignez les enfants)… LA PEUR !!!

Après cette brève introduction vous comprendrez que le sujet ne figure pas au rang de mes prédilections, et en effet je ne m’y aventure pas avec plaisir, mais puisque Jacques a dit « parlons des peurs » *, eh bien des peurs il sera question. Pas question que les miennes s’octroient le dernier mot. Après tout, c’est qui le chef (cuistot) ?

Les peurs et les doutes, donc… Mes peurs et mes doutes face à l’écriture, plus précisément.
Gloups. Ce seul intitulé me donne l’envie de freiner des quatre fers, tourner les talons ou faire machine arrière.

Dans l’absolu, et surtout quand on se prévaut d’avoir le goût des mots, il me semble que l’écriture devrait être un plaisir. Et fort heureusement cela reste le cas, la majeure partie du temps.
Sauf qu’il m’arrive d’être traversée par tout un tas de questions en rafales, dont la plupart ne mériteraient même pas que j’en parle. C’est leur faire bien trop d’honneur. Mais bon, qu’elles profitent d’un quart d’heure de gloire avant que je les remise au placard.

Mise en situation :
Intérieur jour, ambiance tamisée, une femme (moi, si vous suivez…) face à son carnet ou son écran d’ordinateur, animée par l’envie d’écrire.
Selon les jours, selon l’humeur, que se passe-t-il alors dans ma petite tête ?

1) La peur du vide : de quoi vais-je bien pouvoir parler ?

Dans un monde idéal, le thème vient de lui-même, sans qu’on ait besoin de l’implorer.
Mais l’idéal n’est pas de ce monde (ou l’est rarement), et c’est donc en général un peu plus compliqué. Je sens bien qu’une idée est là, à me tourner autour, je la sens frémissante à l’idée qu’on fasse corps ensemble, seulement voilà, parfois je ne la saisis pas. Soit parce que je me trouve occupée à faire des choses teeeellement plus productives et indispensables – de celles où la terre s’arrêterait de tourner si on ne s’en acquittait pas, vous voyez de quoi je parle… Soit parce que, littéralement, je ne la saisis pas, je ne comprends pas ce qu’elle vient me dire. Comme si elle savait avant moi, des choses que je n’a pas su lire. Et dès que je me mets à écrire, la voici qui se déploie comme par magie sous ma plume et mes yeux incrédules : « Aaah, c’était donc ça ?! »
C’est un des moments que je préfère. Lorsque les mots m’envolent vers d’autres sphères, où je ne pensais pas aller.

De fait, j’ai arrêté les prises de tête. Je ne m’agace plus à chercher un thème, je laisse venir. Sortira ce qui doit. Alors c’est sûr, ça rend l’écriture plutôt aléatoire, car parfois rien ne vient et ce rien peut s’installer pendant un temps plus ou moins long. Mais plus je me nourris à diverses sources créatives et plus l’inspiration vient fréquemment me visiter… C’est ce qu’on appelle un cercle vertueux ! 🙂
Et je ne doute pas qu’à la faveur de mes lectures, rencontres et explorations, je pactiserai de plus en plus avec cette peur du vide. Car au final si je me penche, ce n’est pas un gouffre sans fond que j’aperçois. Ici et là, il y a toujours des branches auxquelles se raccrocher.

2) La peur du jugement : ce que j’ai à dire est-il digne d’intérêt ?

Il fut un temps où j’écrivais en pensant aux personnes qui, potentiellement, me liraient. Comprenez-moi bien : je n’écrivais pas « pour » ces personnes en tentant d’adapter mes écrits à leurs goûts présumés. Non, mais j’écrivais avec la conscience aiguë que ces écrits allaient ensuite être lus – dans un monde idéal toujours 😉 – et cette seule pensée parvenait souvent à me stopper tout net. Impossible de poursuivre, car alors c’était ma tête qui prenait les commandes, et non plus le cœur (or le cœur est le seul pilote qui vaille, si vous voulez mon avis).
Vous noterez que j’en parle au passé, ce qui laisse supposer que je me suis défaite de cette mauvaise habitude. Et en effet, sans que je sache comment cette délivrance m’est tombée dessus, je ressens de moins en moins ce type de blocage. Depuis que j’ai pris la décision d’écrire avant tout pour moi-même. Avec la confiance que si j’évoque avec goût et plaisir des sujets qui me tiennent à cœur (le cœuron y revient), certains de mes mots toucheront peut-être quelques lecteurs.

Et puis, entre nous soit dit… On est toujours le pire critique de soi-même. Étant ma première lectrice, je suis aussi la première à porter le jugement sévère que je redoute. La plupart de ceux qui voient mes textes leur passer sous les yeux, se montreront au mieux interpelés, au pire indifférents, mais il y a fort à parier qu’ils ne lanceront pas une offensive à mon égard, pour me reprocher ces écrits.
Se dire qu’en fait, « tout le monde s’en fout » (au sens, « personne ne m’attend ») et que « vraiment, rien n’est grave », eh bien ça détend beaucoup.

3) La peur de l’imposture : qui suis-je pour prétendre écrire ?

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais pour ma part en tant que lectrice assidue et très souvent admirative du talent de certains auteurs, j’ai longtemps considéré l’acte d’écrire comme quelque chose de sacré. Une vocation réservée à une poignée d’élu(e)s et bien trop noble pour les profanes, dans lesquels je m’incluais. De fait, je me tenais respectueusement à distance, me contentant d’écrire en catimini, sans intention autre que de laisser jaillir les mots qui malgré tout, demandaient à exister. Jamais il ne me serait venu à l’esprit de partager, j’avais bien trop peur !!
Et puis un jour, allez savoir pourquoi, je l’ai fait. Comme on saute en apnée dans le grand bain, j’ai appuyé sans réfléchir sur « publier » et j’ai livré un texte très personnel, qui m’a valu des réactions que je n’aurais jamais soupçonnées. Je me suis dit que peut-être, moi aussi, j’avais une/des histoire(s) à partager. C’est là que tout a commencé.

Depuis toujours, je caresse le rêve d’écrire un livre. Un rêve on ne peut plus ordinaire, dirait-on. De nos jours, je ne compte plus le nombre de personnes qui écrivent et forment le vœu d’être un jour publiées ; j’ai l’impression que l’écriture est devenue ces dernières années, le Saint-Graal que tout le monde veut décrocher. Noyée dans cette déferlante d’écrivains – en herbe ou confirmés -, je me retrouve parfois en lutte avec cette question qui vient me tarauder : « suis-je capable de produire mieux que des écrits vains ? » 😉 Sans verser dans la comparaison – qui comme la peur est un poison ! -, je me surprends en effet à douter de mon « art » et à verser dans « l’à quoi bon ? ».
Mais cela ne dure pas, depuis que j’ai compris qu’en réalité, 1) je n’ai besoin de l’autorisation de personne pour écrire ; et 2) peu importe que j’aie du talent, ou non. Tout ce qui compte est le plaisir que j’y prends, et cet élan que je ressens, à partager. Le reste ne dépend pas de moi.

4) La peur de se dévoiler : où fixer les limites ?

J’avoue n’être pas encore tout à fait au clair avec cette question.
Ma seule certitude est de vouloir à toutes fins préserver l’authenticité, car c’est une valeur à laquelle je tiens. Je souhaite qu’elle imprègne mes écrits, sans jamais toutefois compromettre ou, pire, blesser autrui. C’est là où le curseur peut apparaître parfois, difficile à placer.
Dans la vie, je sais me montrer sélective dans la confidence, je me livre volontiers à celles et ceux qui suscitent ma confiance, alors que d’autres me connaissent plus réservée. Et c’est ok. La différence lorsque j’écris est que les textes, une fois publiés, ne permettent plus ce genre de discernement. Et comme chacun sait, « les écrits restent ». Il m’appartient donc de décider, dans la vérité de l’instant, jusqu’où je me sens prête à aller dans le lâcher-prise et dans la libre expression de qui je suis. Étant entendu que mes zones d’ombre font partie du lot et que je ne suis pas encore – ha ha, loin s’en faut – en paix avec chacune.
Pas simple, donc. Mais au bout du compte le cheminement est beau car invariablement il fait grandir.

5) La peur de ne pas être lue : et si tout le monde s’en moque ?

Parfaite illustration de ce qui précède (les zones d’ombre), quid de – pardonnez-moi l’expression – ce « foutu » besoin de reconnaissance ?
Soyons lucides : lorsqu’on décide de partager ses écrits, c’est parce qu’on espère être lu(e). Sinon, autant continuer à gribouiller « en secret » dans ce cahier que personne à part vous, n’ouvrira jamais.
Puisque je prône l’authenticité je n’irai pas par quatre chemins : j’avoue en toute franchise que cette quête de reconnaissance reste une de mes failles parmi les plus prégnantes. Peu importe quelle en est la cause – pour l’avoir beaucoup travaillé, je suis assez lucide à ce sujet -, il s’avère qu’au moment de partager une fois passé l’élan premier, je me prépare psychologiquement à cette éventualité : « et si personne ne me lisait ?? ». Une perspective qui fait encore figure d’épouvantail, mais avec laquelle je suis en voie de réconciliation : tant que j’ai la certitude d’avoir fait de mon mieux, ce qu’il advient ensuite n’est pas de ma responsabilité et à ce titre, ne doit pas m’affecter.

6) La peur de l’imperfection : comment savoir que j’ai « vraiment fini » ?

Cet article fera exception à la règle car il m’aura demandé plusieurs séquences d’écriture pour en venir à bout, mais la majeure partie du temps j’écris d’un seul jet, sur l’impulsion du moment. Et même si bien sûr je me relis avec attention pour apporter au texte d’éventuelles retouches, celles-ci demeurent très rares et par ailleurs, je publie quasi-immédiatement. Sans doute pour ne pas briser l’élan, me dis-je. En vérité, je ne suis jamais demandé pourquoi je procédais de la sorte. Ça me convient simplement ainsi.

Mais cette méthode qui n’en est pas une, a aussi son revers. Parfois, il m’arrive de me relire quelques jours / semaines / mois plus tard et alors me sautent aux yeux des lacunes passées inaperçues en premier lieu : une tournure de phrase qui aurait mérité d’être fluidifiée, une idée manquante que j’aurais voulu ajouter, un mot impuissant à traduire ce que je souhaitais faire passer, et qu’un autre aurait pu remplacer, bref… un texte, me semble-t-il, n’est jamais vraiment terminé. Mais peut-être est-ce là le processus de la création, j’imagine assez bien un peintre ressentir ces mêmes frustrations face à une de ses toiles…

OUF…. La liste est décidément fort longue et pourtant non exhaustive,… je le crains (rire)

Pour autant je pense que le propos est clair et je vous épargnerai le point 7 !
Tout au plus voudrai-je ajouter en guise de conclusion, que la somme de toutes ces peurs mène à produire le meilleur de soi... C’est en les regardant dans les yeux qu’on les affaiblit une à une, nous renforçant dans le même temps pour accomplir ce qui nous tient à cœur.
Ne redoutez jamais d’avoir peur, au contraire réjouissez-vous-en. C’est signe que vous êtes sur la bonne voie. La vôtre.


* Ce texte a été écrit en réponse à une consigne d’écriture donnée dans le cadre de l’atelier en ligne de Morgane Sifantus.
#atelierCAO

Voyage au pays des larmes

Larmes aux yeux

« J’ai éclaté en sanglots. J’ai un faible pour cette expression.
On n’éclate jamais de faim ou de froid.
En revanche, on éclate de rire ou en en sanglots. Il est des sentiments qui justifient que l’on vole en éclats ».
[Albert Espinosa]

 

On éclate en sanglots… mais on fond en larmes… ou on se répand en pleurs…
Quelle que soit l’expression, il y a cachée derrière l’idée d’une altération de la matière. Comme si le corps perdait de son intégrité, sous le coup brutal de l’émotion. On se dissout ou on explose ou on déborde, sous l’effet d’un raz-de-marée intérieur, une inondation de grande ampleur.

Pour faire rempart à cette déferlante, la seule aide véritable est une présence, celle d’une âme consolante. Deux bras ouverts qui se referment, et sans jugement accueillent la peine. On ne dira jamais assez combien une étreinte apaise et répare, combien c’est un baume pour le cœur quand il défaille sous la douleur. Pour qui aura grandi sevré d’une telle chaleur humaine, être ainsi enlacé peut être bouleversant. Une expérience paradoxale, qui ravive le manque et dans le même temps, y appose un doux baume bienfaiteur.

A plusieurs reprises ces derniers jours, les digues que je pensais solides ont cédé sous l’assaut de larmes venues tout droit des profondeurs. Aux moments les plus inopportuns, sans que j’y sois préparée. Au beau milieu d’un restaurant, sur une table de massage, en plein cœur d’une fête d’anniversaire joyeuse et insouciante… En un instant fugace, quelque chose se rompt et déjà je sens qu’il est trop tard. Et tant pis. « Il faut que ça sorte ».
Je ne veux plus contenir, j’ai cessé de retenir. Comme si le temps était venu, de laver à grande eau des recoins de ma vie encombrés de mille maux. Jeter par-dessus bord ce qui m’accable encore.

Dans les remous de ma traversée en solitaire, j’ai de la gratitude pour ces bras qui m’enserrent. Sans retenue et en toute générosité. « Il est des bras qui n’enferment pas mais qui agrandissent l’être qu’ils serrent », écrit Jacques Salomé.
Merci à toi, et toi, et toi encore… qui m’as tenue serrée.

 

Tomber l’armure pour accueillir l’amour

L'amour existe
En ce moment, écrire me saoule
(écrit-elle…).
Je reste néanmoins fidèle à mes pages d’écriture automatique chaque matin, tant bien que mal, vaille que vaille. Parfois émergent des choses intéressantes – pour les prises de conscience qu’elles génèrent -, mais tout me paraît insipide.
Il y a quelques jours à peine, j’étais portée par un élan presque trop beau pour être vrai, et aujourd’hui j’ai l’impression très déplaisante de régresser. Un pas en avant, deux pas en arrière. Une jolie danse peut-être, mais une cadence difficile à admettre.
J’ai succombé à « l’à quoi bon ? ». Les doutes m’ont rattrapée et la plupart du temps m’oppressent. Je fais de mon mieux pour les entendre, sans pour autant leur donner raison. Je sais qu’il sont des messagers, qu’il me faut en faire des alliés pour avancer sur mon chemin. Et même si ça chamboule, même si mon corps exprime son désaccord et me rappelle à l’ordre à sa façon, j’essaie de maintenir le cap. Tout cela n’est pas le fruit du hasard, mais survient forcément pour me pousser plus loin encore dans mes retranchements, pour m’obliger à voir ce que longtemps je n’ai su voir, et permettre enfin la transformation, dont l’avènement devient vital.

Plongée dans un autre âge

 

Au jour où j’écris, c’est l’anniversaire d’un membre de ma famille… La jeune trentaine, encore toute la vie devant lui.
En pensant ce matin à ses 32 ans tout neufs, je me suis dit qu’il avait l’âge de la plupart de mes relations, moi qui ai la quarantaine déjà installée. Un âge que je n’assume pas et que je n’avoue que du bout des lèvres, tant il me paraît incongru au regard de ma réalité. Depuis toujours – en tout cas au cours de ma vie d’adulte -, je me suis entourée sans le choisir, de personnes bien plus jeunes que moi. Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais vraiment réfléchi au pourquoi, mais en tant que célibataire allègrement libre comme l’air, je fondais l’hypothèse que le mode de vie et la supposée liberté inhérents à la trentaine, étaient plus compatibles avec mon propre rythme. Je sais toutefois que cela n’explique pas tout.
Je n’ai pas le vécu, des gens de mon âge. Passée la quarantaine, la majeure partie d’entre eux sont soit en couple avec enfants, soit séparés ou divorcés, et en quête de nouveaux partages. Des réalités qui me sont étrangères… Les affinités font l’amitié. Elles sont difficiles à trouver, lorsqu’existe un tel décalage. De fait, je me suis toujours sentie en marge.
Il est stérile de se comparer ou de se bercer de regrets, chacun vit ce qu’il a à vivre et chacun fait comme il lui plaît (ou, plus précisément, comme il le peut, avec les cartes dont il a été doté…). Mais parfois j’ai l’amère sensation, en me retournant sur ces années qui ont filé en un clin d’œil, d’avoir oublié de les vivre.

J’ai oublié de vivre

 

C’est faire face à un douloureux constat que de s’avouer cela, mais tard vaut mieux que jamais, dit-on.
J’ai oublié de vivre, non par excès d’activités ou sous le poids de responsabilités qui m’en auraient empêchée, mais bel et bien par excès de peur(s), qui m’ont figée jusqu’à la paralysie. J’ai eu peur toute ma vie, et pour faire taire la peur, toute ma vie je me suis interdit de ressentir. Dérisoire protection quand on y pense : refuser de ressentir, au final, n’est rien d’autre que de ressentir à l’excès tout en ne sachant que faire d’un flot d’émotions diverses, sur le moment aussi intenses qu’intraduisibles.
Peur d’être blessée ou incomprise, peur d’être rejetée ou abandonnée, peur de perdre ceux à qui je tenais… Sans en avoir conscience et pour éviter la souffrance, je me suis isolée. J’ai refermé sur moi les portes, que j’entrouvrais de temps en temps, mais jamais assez longtemps pour laisser véritablement à quelqu’un, l’espace pour habiter ma vie. Et pas assez souvent pour m’en donner vraiment l’envie.
Je me suis habituée à vivre seule, j’ai fait de la solitude une amie. Docile, compréhensive, qui jamais ne me heurterait et serait mon meilleur refuge, loin du monde et ses agressions. J’ai appris à tout gérer seule, à ne compter que sur moi-même sans demander l’aide de personne, et sans jamais remettre en question cette vie « hors normes » qui me semblait des plus normales. Tout simplement, je n’envisageais pas que les choses puissent être autrement. Quand elles n’existent pas dans notre construction propre, il y a des possibilités qu’on ne voit pas.

Trouver le chemin, de la peur à l’amour…

 

Envers cette solitude que je connais par cœur, j’éprouve aujourd’hui un amour teinté de haine, une confiance entachée de défiance. Sentiments versatiles qu’il me faut pacifier. Je la sais indispensable à mon bien-être, à la fois réponse à un besoin profond, et terreau où je puise mes ressources, pour être disponible aux autres. A ce titre elle m’est précieuse, si ce n’est vitale. Trop longtemps immergée au sein d’un groupe, je suis comme un poisson hors de l’eau, je m’asphyxie. J’aime pourtant les gens, mais jusqu’alors j’ai entretenu cet amour à distance. Dans ma propre expérience, cette notion n’évoque pas un éloignement physique, mais traduit une difficulté à être au contact, intimement et « pour de vrai ». Alors que l’authenticité dans le partage est paradoxalement ma plus grande quête, et pour tout dire, la seule chose qui m’intéresse. Seulement, je ne l’ai pas appris. C’est un apprentissage qui prend du temps.

Malgré ma certitude de vouloir préserver « ma bulle », Dieu sait combien de fois j’ai rêvé d’avoir « ma tribu », cette seconde famille où chacun a sa place, où chacun veille sur l’autre tout en lui laissant son espace.
J’en rêvais, sans avoir conscience que cette réalité, c’est moi qui en détiens la clé. Il y a encore bien des fois où je me sens seule, sans soutiens sur lesquels m’appuyer. Mais j’ai enfin compris que cette vision est infondée. J’ai la chance d’être entourée par des gens formidables dotés d’un cœur aussi grand qu’eux, des êtres aussi aimants que généreux ; c’est moi seule qui ai dressé des murs et c’est à moi de les abattre. Moi seule qui ai endossé l’armure, et c’est à moi de rebattre les cartes.

Tout est déjà là

 

Je crois que tout est là, toujours. Je crois que tout existe en permanence, que tout ce dont nous avons besoin est déjà présent en abondance, mais attend seulement que soyons prêt-e à le voir et à le recevoir. Il nous appartient de changer le regard que l’on porte sur les choses, de nous libérer de ces croyances ancrées depuis l’enfance, ces chimères inutiles, qui inculquent la peur plutôt que la confiance…
Je n’en veux à personne, sauf peut-être à moi-même – un peu -, de ne pas l’avoir réalisé plus tôt.

« Je serai donc l’amie de ceux qui m’aiment telle que je suis« , écrivait l’artiste Frida Kahlo. Sages paroles, qui traduisent un amour de soi sans doute forgé avec le temps, fondement nécessaire à toute relation authentique et équilibrée avec autrui.
Je délaisse l’armure, petit à petit. Je tombe le masque, au fur et à mesure. Se rendre ainsi vulnérable est très inconfortable. Mais cela m’apparaît comme le préalable nécessaire, pour accéder à une meilleure version de moi-même, pour transformer ce qui doit l’être et me construire une vie plus légère et heureuse.

C’est un long chemin que l’amour.
Apprendre à s’aimer malgré ses failles, ses erreurs, ses échecs et ses manquements. Ne pas avoir honte de son histoire, s’accepter tel que l’on est vraiment, sans rien occulter mais sans rien condamner, en reconnaissant qu’on a simplement fait de son mieux. Et en s’ouvrant à l’idée que tout peut encore survenir, y compris le meilleur.

 


J’ai écrit le texte qui suit, en 2003.
Je n’en renie pas une ligne… mais fais le vœu que plus jamais mes peurs ne me paralysent, qu’elles soient désormais le moteur qui donne un sens à mes actions…

« J’ai peur »

J’ai peur d’une vie de rien
D’un goût de pas grand-chose
De vivre un faux destin
Et d’en être la cause

J’ai peur d’être l’otage
Des passions qui m’étreignent
Ou d’être bien trop sage
Et qu’un jour elles s’éteignent

J’ai peur d’une vie trop brève
Où dix ans semblent un mois
Qui file, comme mes rêves
Me filent entre les doigts

J’ai peur de tout, de rien
Et peur surtout de moi
Je redoute que demain
Soit le même qu’autrefois

J’ai peur que l’on me prenne
Pour qui je ne suis pas
J’ai peur d’être moi-même
Et qu’on ne m’aime pas

J’ai peur que tu me croises
Sans même me reconnaître
Peur que tu m’apprivoises
Avant de disparaître

J’ai peur de tout, de rien
Et peur surtout de moi
Je redoute que demain
Soit le même qu’autrefois

J’ai peur qu’un jour ma peur
Ne vienne à disparaître
Comme les battements du cœur
Lorsque la vie s’arrête

Car toujours quand j’y pense
Même si rien n’est facile
La peur à l’évidence
Me fera moins fragile…

[Carine Dumez – Novembre 2003]

 

> Illustration : Sean Hart, « Love exists. Do not litter »

Ouvrir les yeux sur la beauté ordinaire

« Toutes les choses ont leur beauté,
Mais tout le monde ne sait pas les voir. »
[Confucius]

 

Mer du Nord

Hier j’ai roulé jusqu’à la mer.
Ce n’était pas réfléchi, il était déjà tard, d’autres auraient renoncé et fait d’autres projets.
En d’autres temps, à une époque où j’accordais du crédit à ma tête plus qu’à mon âme, c’est sans doute ce que j’aurais fait. J’aurais remis au lendemain, prétextant qu’il n’était pas raisonnable de prendre la route pour si peu « profiter »… Quelques heures à peine. Mais c’était un appel, plus fort que la raison, au-delà des rigueurs qu’impose « l’emploi du temps »… Quelle vilaine expression quand on y pense, comme si le temps avait besoin d’être « employé », comme s’il n’était pas possible de juste « l’habiter ».
Habiter le temps, pour moi hier, c’était me retrouver seule face à la mer, respirer les embruns, baigner dans la lumière, fixer un horizon, saluer le soleil à l’heure de son plongeon dans les eaux du grand large… Accueillir l’émotion, toutes les émotions, éveillées par ce spectacle de la vie ordinaire. Somptueux dans sa banalité. Beau à m’arracher des larmes, de joie et de tristesse mêlées.

Les gens sont comme des paysages

 

En longeant la plage, j’ai observé les gens. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que c’est une de mes occupations favorites.
Dans tous ces corps et ces visages, je vois une multitude de paysages, où j’aime me perdre infiniment.

Si je le pouvais, mon quotidien se résumerait à capturer la beauté qui m’entoure, par tous les filtres possibles : celui de la photo ou bien de l’écriture, la peinture un jour peut-être, qui sait… Ma vie rêvée je crois, serait de célébrer la vie, dans son essence la plus pure. Je ne sais pas si cela fait un métier, mais peut-on rêver plus belle vocation ?

J’aime les gens.
Surtout lorsqu’ils entrouvrent, les portes de leur âme. C’est rare, mais cela se produit parfois.
Les gens sont beaux, plus qu’ils ne croient l’être. Au-delà des canons esthétiques, de toute concession à la mode ou d’une pseudo beauté plastique, les gens sont beaux par ce qu’ils émanent. Par ce qu’ils laissent échapper d’eux, lorsqu’ils concèdent à l’abandon. La douceur ou la pétillance d’un regard, la tendresse d’un sourire, une émotion furtive qui passe sur leur visage, un geste qui en dit long sans qu’il soit rien besoin de dire…
Les gens sont beaux lorsqu’ils sont vrais, loin de tout artifice.
La véritable force, c’est de se savoir vulnérable et s’accepter comme tel. J’aime celles et ceux qui ont compris cela, et qui l’assument avec simplicité.

Si on parlait entre âmes ?

 

Si un jour nous nous rencontrons, ne cherchez pas à m’impressionner en jouant de vos muscles, par votre érudition, votre réussite ou vos possessions… Vous n’éveillerez qu’indifférence. Tout au plus susciterez-vous chez moi un peu de compassion, face à ce besoin humain et pourtant tellement vain, de rouler des mécaniques et revêtir le masque faussement protecteur. Ego quand tu nous tiens…

Si un jour nous nous rencontrons, parlez-moi de vous, partagez votre histoire, racontez-moi sans fards, ce qui fait battre votre cœur, ce qui vous fait vibrer au point de vous tenir parfois éveillé(e) au milieu de la nuit… Entrouvrez-moi votre âme, sans attentat à la pudeur mais en tentant juste d’être vrai(e). Alors vous pourriez bien toucher mon cœur, pour toujours et à jamais…

Et ensemble, nous toucherions du doigt, ce qu’est la vraie beauté.

Coeur sur le sable

Les transports en commun, ou ces rêves en partage…

Quelques mots voyageurs, en souvenir d’une émotion fugace…

 

Les transports en commun…
Moi qui affectionne les mots et en ai fait mes partenaires de jeu préférés, j’aime détourner cette expression littérale et peu propice à l’évasion, pour lui prêter un sens littéraire voire poétique, plus inspirant…
« Les transports », pour définir une émotion vive, une exaltation, un rêve… Autant de ressentis profonds et puissants, qui font voyager comme seuls peuvent le permettre les voyages intérieurs, les plus beaux qu’il nous soit donné de faire. Et communs à chacun, puisque nous sommes tous de cette étoffe, dont sont faits les rêves…

« Nous sommes de cette étoffe sur laquelle naissent les rêves,
et notre petite vie est entourée de sommeil
« .
[Willliam Shakespeare]

 

L’autre matin, pour me rendre au bureau, j’ai emprunté le tram.
Je ne me distingue pas par ma ponctualité en pareil cas, mais il était encore relativement tôt, et j’y ai côtoyé des lycéens en partance pour le bahut, des étudiants rejoignant leur fac, des hommes en costard et des femmes pomponnées, prêts à renouer avec d’obscurs dossiers… Des jeunes et des plus vieux, des looks débridés aux plus sérieux, fantaisie et austérité mêlées au cœur d’une rame, la diversité de la vie dans toutes ses gammes
Pendant les quelques minutes qu’a duré le trajet, j’ai étudié tous ces humains en transit.
Je les observais et tentais de me représenter quelle était leur vie… D’où venaient-ils, où allaient-ils, quels étaient leurs rêves… C’est un de mes jeux favoris, je pourrais m’y livrer pendant des heures… Entendre l’indicible, voir au-delà des gens, discerner ce qu’ils croient cacher sous leur maquillage, leurs accoutrements, leurs attitudes, dérisoires artifices qui ne traduisent rien de qui ils sont, mais en réalité, en révèlent bien plus long…

J’observais tous ces gens.
Quelques minutes auparavant, j’avais relu et partagé sur la toile un texte écrit par Paulo Coelho [Extrait du roman « Le Zahir »], dont la justesse m’avait touchée.
Alors que je posais le regard sur les personnes qui m’entouraient, ces mots résonnaient dans ma tête…

Citation Coelho Le ZahirJ’observais ces gens voyageant vers leurs buts respectifs – une école, une université, un bureau quelque part… – et me demandais s’ils étaient heureux de s’y rendre. S’ils avaient fait ce choix en toute liberté et en pleine conscience, ou s’ils suivaient un plan pour eux tout tracé, sans même le questionner. « Parce c’est comme ça », et « parce qu’on n’a pas le choix ». 
Je me demandais ce qu’ils portaient en eux, de rêves inassouvis, amèrement regrettés, ou juste délaissés, jusqu’à y renoncer… « Parce c’est comme ça », « parce qu’on n’a pas le choix ».

Et puis mes yeux se sont posés sur un sac, simple « tote bag » porté à l’épaule par une jeune fille en âge d’être étudiante, la vingtaine probablement… Sur le sac une inscription disait « J’ai 10 ans ! ». J’ai souri. J’ai regardé plus attentivement le visage de cette jeune fille, et me la suis imaginée petite, espiègle et insouciante comme on l’est à cet âge… J’ai pensé que cette inscription en apparence anodine, révélait bien des secrets, sur celle qui l’avait adoptée.

J’ai poursuivi mon scan visuel et quelques secondes plus tard ai reconnu entre les mains d’une femme assise, la couverture d’un livre que j’ai récemment lu : « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Un titre évocateur, une lecture qui témoigne d’une quête partagée par beaucoup, celle d’une vie heureuse au plus près de nos valeurs, en résonance avec le cœur. Je me suis attendrie. Et me suis dit que tout lecteur, n’est avant tout que le propre lecteur de lui-même. Et que ce récit sans prétention, vient surtout parler de l’âme des gens et ses aspirations.

Puis je me suis souvenue du livre que moi-même je transportais, emprunté il y a peu à la bibliothèque : « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi ». 
J’en ai été émue. A la lumière des pensées qui m’avaient traversée, au regard de la scène que j’avais observée, et en écho aux mots de Coelho lus quelques heures plus tôt,… je me suis dit que chacun porte en soi un trésor enfoui, qu’il tarde à révéler ou enterre à jamais, selon la valeur qu’il décide un jour de lui accorder.

J’ai décidé que mon rêve était plus important que tout, et qu’il m’appartenait de le défendre becs et ongles, peu importe le coût.
Et j’aimerais qu’un jour se lèvent, pour se mettre debout, tous les gens à genoux… pour vivre enfin les rêves pour lesquels ils sont nés.

La vie en Groove avec Nathalie Petitclerc

Accro à la danse depuis toujours, passionnée par les relations humaines et le développement personnel, Nathalie Petitclerc a trouvé dans le Groove Dance, la parfaite synthèse permettant de concilier ses domaines de prédilection. Dans son rôle de « Coach facilitatrice » en Groove, elle vous emmène dans un voyage musical propice au lâcher-prise et aux explorations intérieures. Suivez le guide !

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Nathalie Petitclerc, Coach facilitatrice en Groove Dance

Le hasard – qui n’existe pas, comme chacun sait – a voulu que nous nous retrouvions dans le bar d’un hôtel lillois étoilé. Un lieu calme et feutré choisi pour son atmosphère propice aux échanges, mais aussi – comme je l’apprendrai ensuite – un décor on ne peut plus familier pour elle, qui a travaillé huit années durant dans l’hôtellerie de luxe.

Dans cet espace privilégié et préservé des tumultes de la ville, le rapport s’établit sur d’autres bases que celles des séances de Groove auxquelles j’assiste depuis septembre, et j’ai plaisir à découvrir une autre facette de la coach. Il émane d’elle une grande douceur alors qu’elle retrace son parcours et me partage sa passion, en même temps que transparaît en filigrane un authentique amour de l’autre… Sans aucun doute sa caractéristique majeure, et le moteur qui a présidé à chacun de ses choix de vie. Zoom sur l’itinéraire d’une coach au grand cœur.

Nathalie Petitclerc est Coach facilitatrice en Groove dance, et anime des séances en métropole lilloise depuis novembre 2015. Une activité qui suscite encore des réactions intriguées et pour cause, puisqu’elle est à ce jour la première et la seule en France à avoir importé le concept, né il y a une dizaine d’années aux Etats-Unis. Autant dire que le défi est de taille, à la hauteur du potentiel que revêt la discipline.

Le Groove Dance, une pratique à mi-chemin entre la danse
et le développement personnel

 

Alors le Groove, késako ? Une pratique de danse à la portée de tous, alliant tous les styles musicaux. Sur la base de deux à trois pas très simples proposés par la coach, chacun des « groovers » explore ensuite librement le mouvement, selon son propre style, sa personnalité et l’humeur du jour… Unité dans le mouvement, liberté dans l’interprétation, telle est la définition du Groove. Si la détente et le lâcher-prise sont au premier rang des bénéfices, une pratique récurrente permettra de développer une meilleure estime de soi, une aisance relationnelle accrue et amènera à se détacher du regard d’autrui… A ce titre le Groove Dance constitue, comme le souligne Nathalie, « une première entrée dans le monde de la danse alliant le développement personnel ».

Un concept qui avait tout pour me séduire et dont je suis devenue addict dès la première séance. Les effets sont semble-t-il irréversibles (sourire). De fait, ajoute-t-elle, « il n’y pas de juste milieu avec le Groove, les gens vont soit adhérer totalement, soit pas du tout ». Elle aime ce côté clivant.

Elle-même a accroché sans réserve dès son premier cours, expérimenté dans un parc au cœur de Montréal, au Québec. Un déclic sur lequel je reviendrai, et qui a été précédé par bien des signes avant-coureurs.

La musique et la danse, comme des piliers de vie

 

La danse a toujours fait partie de sa vie. Dès l’âge de 6 ans, elle suit des cours – modern jazz et danses de salon notamment – et s’imagine volontiers professeur de danse une fois « grande » : « mais la danse au sens chorégraphiée », sourit Nathalie, soit un style aux antipodes de ce qu’elle propose aujourd’hui.

Petite fille timide et introvertie, très sérieuse et appliquée, elle trouve dans la danse un mode d’expression qui lui procure une vraie liberté et dont la dimension artistique lui plaît. L’appartenance à un collectif également, vient nourrir son goût du partage.

Il s’écoulera néanmoins plusieurs années avant que la petite fille devenue grande, trouve l’élan de se lancer et remette la danse au cœur de sa vie, au profit des autres.

Entretemps, elle cherche sa voie. Décroche un bac scientifique, sans conviction et sur le fil, après avoir consenti un maximum d’efforts pour ne pas avoir à redoubler : « c’était à l’opposé de ce que je pouvais aimer, mais en même temps, et c’est aussi un de mes traits de personnalité, j’arrive toujours à atteindre l’objectif que je me suis fixé ». L’objectif est d’en finir très vite avec ce cursus imposé, pour prendre une orientation plus conforme à ses aspirations.

Des voyages lointains au voyage intérieur

 

Le bac obtenu, elle se questionne toutefois sur la suite possible : « je ne savais pas ce que je voulais faire, j’aimais les langues, les voyages, j’avais un goût pour les beaux hôtels… Je me suis dit que je pourrais m’épanouir dans le tourisme et l’hôtellerie ». Après une première année en Langues Etrangères Appliquées, elle valide à Chambéry une Licence en Management hôtelier.

Elle décrète alors que les études sont finies pour elle : « j’en avais marre, j’avais envie d’être dans la pratique ». S’enchaînent une succession de stages en France et à l’étranger, bientôt écourtés par un besoin de stabilité. C’est le début d’un épisode de 7 ans à Paris, « sept longues années » dans cette ville « pas faite pour elle », où elle vivra néanmoins sa première expérience professionnelle significative et connaîtra son premier déclic.

Au sein de l’hôtel 4 étoiles où elle travaille alors, elle gravit très vite les échelons et se retrouve à moins de 25 ans assistante chef de réception, à la tête d’une équipe d’une vingtaine de personnes. Un bon souvenir : « Je me suis éclatée dans mon rôle de manager, et j’ai pu me découvrir des prédispositions pour le coaching et l’accompagnement ». Car Nathalie n’a pas seulement l’oreille musicale, elle se distingue aussi par sa qualité d’écoute et sa propension au dialogue : « j’ai toujours été l’oreille attentive de mes équipes ; mon but était de les fédérer, créer une cohésion, mais j’avais à cœur de les pousser individuellement à aller vers où ils avaient envie d’aller ».

Du management d’équipe au coaching,
une transition logique et sans fausses notes

 

Elle pressent que son épanouissement professionnel passera en partie par là, mais il manque encore des pièces au puzzle. Désireuse de faire évoluer sa carrière et estimant avoir fait le tour de son poste, elle candidate dans beaucoup d’établissements mais ne voit pas aboutir ses démarches : « j’étais toujours dans les deux derniers candidats retenus mais jamais prise, j’avais une confiance qui restait à consolider et je pense que ce déficit se traduisait malgré moi ».

Suit une période d’introspection et une réflexion sur une possible reconversion.
A la même époque, son père entreprend une formation pour devenir coach, le projet intéresse Nathalie qui tend l’oreille mais peine encore à s’y projeter totalement. Une séance de channeling viendra confirmer son pressentiment. A la sortie, plus aucun doute ne subsiste et tout lui apparaît clairement : « je me suis dit, c’est exactement ça, j’avais toujours été dans l’écoute, désireuse d’amener les gens à s’améliorer, à être mieux ; j’avais plein de prédispositions pour ça et j’ai senti que ce projet vibrait en moi, j’avais besoin d’y aller ».

Elle s’inscrit donc à l’Institut des Neurosciences Appliquées à Paris, pour une année de formation au cours de laquelle elle se sent « pousser des ailes » et dont elle sort certifiée avec une mention très bien.

Elle débute dans l’accompagnement, tout en poursuivant son activité dans l’hôtellerie : « je sentais que mon projet n’était pas encore mature, il manquait des choses ; j’avais envie de me plonger dans une autre vision du métier, dans un pays autre que la France ».

Une expérience québécoise propice au déploiement

 

A 28 ans, elle décide de s’envoler pour le Québec, souvent considéré comme précurseur en matière de développement personnel, et où le coaching est monnaie courante. Munie d’un Permis Vacances Travail (PVT), elle s’installe à Montréal pour un an, avec la volonté de compléter son cursus. Légère déconvenue, le PVT ne lui permet pas de s’inscrire à des formations. Qu’à cela ne tienne, elle entreprend un travail aux côtés d’une coach locale, pour clarifier son propre projet et s’inspirer de ses méthodes, dont elle est à la fois la bénéficiaire et l’observatrice.

Pour subvenir à ses besoins, elle accepte parallèlement un poste de manager à la tête d’un service d’entretien ménager, qui la confronte à un double challenge. On lui donne pour mission de « dépoussiérer » les méthodes de management, d’instaurer des procédures et structurer un service où la formation et l’intégration des nouveaux personnels reposait jusqu’alors exclusivement sur l’oralité. L’équipe multiculturelle qu’elle encadre, se compose de nombreux immigrés dont beaucoup jouissaient de statuts sociaux valorisés dans leur pays d’origine (vétérinaire, journaliste,…) et se trouvent désormais assignés à des tâches d’entretien. « C’était donc un sacré challenge, avec une question centrale : comment leur apporter la motivation au quotidien pour assurer leur mission ? », précise Nathalie.

La révélation du Groove, ou la pièce manquante…

 

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Danser sa vie, la musique au cœur

Contre toute attente, c’est le Groove Dance qui lui apportera la clé et lui permettra de relever le défi. Quelques temps plus tôt, sa colocataire l’a entrainée à une séance en plein air au sein d’un parc de Montréal, afin d’essayer cette nouvelle pratique de danse. Nathalie est d’abord intriguée, puis immédiatement conquise : « L’éclate totale », se souvient-elle. Dans la foulée, un atelier animé par Misty Tripoli, créatrice du Groove Dance, achève de la convaincre : « Ça a été une révélation, c’était exactement ce que je voulais faire et la meilleure façon pour moi d’intégrer la danse dans ma vie professionnelle, en y alliant le développement personnel ».

Elle s’inscrit à une formation, dispensée par le « Master trainer » local. Les premiers bénéficiaires de son nouvel apprentissage seront donc les membres du service d’entretien qu’elle manage : « tous les matins, je mettais la musique et on dansait ». Une expérience parmi les plus belles qu’elle ait vécues.

Puis elle intervient pendant plusieurs mois dans des centres communautaires, où elle anime des séances avec sa colocataire, elle aussi formée au Groove.

L’aventure du Groove en France

 

En 2014, Nathalie est de retour en France, avec l’envie de poser ses valises. Pendant un temps, elle met volontairement sa vie professionnelle entre parenthèses, afin de donner naissance à son petit garçon et être pleinement présente et disponible pour ses premiers mois de vie. Alors que revient le besoin de s’occuper de ses projets personnels, elle initie des démarches visant à faire connaître le Groove Dance au public nordiste. Une première séance a lieu le 14 novembre 2015, elle est suivie d’une seconde un mois plus tard. En janvier 2016, les séances deviennent hebdomadaires, avec un groupe constitué et pérenne. Depuis, l’aventure continue et prend de l’ampleur

Nathalie propose aujourd’hui des séances tant au public adulte qu’à destination des enfants. Avec un même plaisir, malgré des approches sensiblement différentes.

« C’est plus facile avec les enfants, ils sont plus spontanés, en tout cas jusqu’à un certain âge ». Elle a été surprise de constater que le regard de l’autre peut déjà constituer un frein très jeune, dès l’âge de 8-9 ans. « Mon souhait serait de les aider à s’[en] affranchir, et contribuer à ce qu’ils deviennent de futurs adultes plus affirmés et confiants ».

Avec les adultes, elle se trouve confrontée à « un challenge supplémentaire », dans le fait de parvenir à « faire décoller le groupe à chaque séance », en dépit des limites propres à chacun. Pour y parvenir, elle s’appuie sur un enchaînement de musiques qui ne résulte pas du hasard, mais amène à un lâcher-prise progressif qui autorise ensuite une exploration plus intérieure.

« C’est ce que j’aime dans le Groove et ce que je prône : c’est un voyage ». De fait, chacun y trouvera ce qu’il vient y chercher, et ce dont il a besoin en fonction du stade où il en est dans sa vie : une activité sportive, un exutoire favorisant le lâcher-prise, ou encore une voie d’accès vers des émotions ou aptitudes enfouies et prêtes à émerger. « Au fil de l’année je vois des personnes qui se dénouent, qui se lâchent au fur et à mesure, c’est beau ».

On la sent sincèrement touchée à l’évocation de cette idée et je le suis aussi. Pour le vivre de l’intérieur depuis le début (récent) de ma propre pratique, je ressens profondément combien le Groove Dance est un puissant vecteur de liberté, de créativité et développement de soi.

Alors pour qui serait tenté(e) d’essayer, ne vous privez pas de ce voyage.
Nathalie saura vous faire voir la vie en Groove.

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« Strike a pose » : une équipe d’heureux groovers

EN SAVOIR PLUS :

Séances pour adultes :

  • Le Lundi soir, de 19h à 20h. Auberge de Jeunesse de Lille, 235 Boulevard Paul Painlevé. 59800 LILLE (Métro Porte de Valenciennes).
  • Le Mercredi soir, de 19h30 à 20h30. Baisieux (59780), Salle Manoir Ogimont (en face de la mairie).

Séances pour enfants :

  • Les Mardis et Jeudis pour les Temps d’Activité Périscolaire dans les écoles.
  • Le Mercredi de 16h à 17h au Centre social de l’Orée du Golf, 59290 Wasquehal (7-12 ans)
  • Le Vendredi de 17h30 à 18h30 pour les 6-9 ans et de 18h30 à 19h30 pour les 10-14 ans au Centre social Boilly, 59200 Tourcoing.

Séances de Groove en entreprise,
Et pour le fun, enterrements de vie de jeune fille « Spécial Groove » pour se détendre et se lâcher entre copines !

CONTACT :
World Groove Movement Logo> Nathalie Petitclerc : nathalie.petitclerc(at)gmail.com ou 07.82.24.03.78.
> Facebook : Groove France  et/ou Nathalie Petitclerc Coach-Groove.

> World Groove Movement : http://theworldgroovemovement.com/