Le premier chapitre de mon livre (en cours d’écriture…)

Préambule :
Bonjour et bienvenue ici !
Ce samedi 22 décembre 2018, date de publication de cet article, je célèbre ma première année de liberté. Un an tout pile, que j’ai quitté mon emploi pour me créer une vie à la hauteur de mes rêves et mes envies.
Au premier rang de mes passions, les mots et l’écriture, depuis toujours… Écrire et publier un livre, est un accomplissement auquel j’aspire et qu’il m’importe de m’offrir.
Au cœur de mon été montréalais, en ce mois d’août 2018, j’ai débuté l’écriture de mon premier livre : un témoignage personnel qui relatera mon cheminement, ma mutation progressive pour passer d’un semblant de vie, à une autre existence plus vibrante, que je me suis choisie.
Pour fêter la date anniversaire de ma démission, je vous livre ici le tout premier chapitre de ce futur livre, et cela sonne d’autant plus juste qu’il relate le thème en question.
Je vous offre ce texte avec une relative fébrilité. Il est encore imparfait, peut-être à remanier, mais c’est précisément l’objet de ma publication : obtenir vos retours, qui dans tous les cas me donneront l’élan de poursuivre (on écrit pour être lue, pas vrai ?), mais aussi et surtout, me permettront d’améliorer le texte et/ou le réorienter, en fonction des précieuses remarques que vous me soumettrez…
Alors par avance, un immense merci pour vos avis détaillés, ici-même en commentaire, ou par mail à carine@comlavie.com si vous préférez cette option…
Bonne lecture !!

 

 

22 décembre 2017. Dans l’édifice où je travaille, mon bureau et ceux alentour bourdonnent d’une joyeuse effervescence. En ce vendredi porteur des effluves de Noël, mes collègues et moi-même achevons la dernière journée avant que ferment les locaux, comme chaque année en cette période.
L’ambiance est détendue et bon enfant, même si le stress n’est pas absent pour cause de dossiers à boucler, ultime don de soi avant de pouvoir s’adonner aux doux plaisirs des fêtes (lesquelles ne sont, pour beaucoup et bien souvent, qu’une « to-do list » à boucler de nature certes différente, potentiellement plus gratifiante et savoureuse mais tout aussi stressante… Il n’empêche : année après année, tout le monde a hâte d’y être !).

 

J’observe le spectacle environnant, d’un air plus détaché encore que d’habitude. Depuis mes débuts dans la vie dite « active », combien de fois ai-je vécu de telles journées, allant souvent jusqu’à faire le décompte des heures – voire des minutes – qui me séparaient des portes de la liberté, à l’image d’une enfant qui espère la récré. Tellement que j’ai cessé de les compter. Au bout d’un moment, ces instants répétés et confondus ont tous fini par revêtir un sérieux air de déjà-vu.
Ce vendredi n’échappe pas à la règle. Rien de bien nouveau dans cette ambiance de fête de rush aux accents familiers, à la différence près que cette fois, je sais que je ne reviendrai pas. Dans une quinzaine de jours, à l’orée d’une nouvelle année, la rentrée de janvier s’effectuera sans moi. Après l’avoir tellement rêvé, je rends enfin mon tablier et troque définitivement mon badge, mes dossiers et mes clés contre mon entière liberté, pour me réapproprier ma vie, mes envies et mon temps, au service de mes seuls projets. Ce faisant je m’offre symboliquement, un tout nouveau calendrier. Je ne connaîtrai plus ni vendredis ni lundis, simples jours comme les autres totalement innocents mais aimés et haïs respectivement, pour le rythme implacable qu’ils imposent à tant d’employés de par le monde. Plus personne pour décider de mes horaires, plus de pseudos valeurs auxquelles je me conforme parce qu’il le faut. Cette fois enfin ça y est, c’est bel et bien fini, je deviens capitaine de mon bateau.

 

Je me sens envahie de sentiments inqualifiables tant ils sont contrastés, entre soulagement profond, euphorie rentrée, une pointe de nostalgie entachée de regrets, une vraie part de fierté, et – Dieu merci ! – pas (encore ?) la moindre anxiété, à l’idée de savoir de quoi demain sera fait… Comme un boxeur victorieux au terme d’un combat qui aurait trop duré, je me sens totalement sonnée… Au gré des émotions qui m’assaillent je navigue entre rires et larmes, pressée d’en finir après des mois et des années de lutte intérieure et d’épuisants bras-de-fer avec la machinerie administrative, aussi légère et empathique qu’un rouleau-compresseur.

 

Badge et trousseau de clés

De fait, je ne me sens guère actrice des scènes qui se succèdent, plutôt témoin curieux et ébahi d’un rêve bientôt réalisé. Je m’étais promis d’opérer chaque geste en conscience, afin de les graver en moi et m’en souvenir longtemps, or tout s’enchaîne de façon précipitée et cette urgence me prive de ma capacité à ressentir et, au-delà, m’empêche même d’apprécier.
Dans mes songes de réjouissance anticipée, je m’étais notamment joué en boucle la scène de mon ultime passage devant la pointeuse, mon tout dernier « badgeage » voué à clôturer une infinie série de gestes mécaniques et dénués de sens. J’avais même nourri l’intention de photographier – pour l’immortaliser – mon « BIP » en mode « Sortie » sur cette machine ennemie, haïe, détestée, symbole condescendant de ma captivité. Le mot n’est pas trop fort, en mon for intérieur c’est bel et bien ainsi que je la percevais. J’ai une conscience aiguë de la violence contenue au travers de ce mot, et de ce qu’il exprime, quant à mon besoin viscéral et trop longtemps inassouvi, de liberté. Réellement, pendant des années je me suis sentie en détention contre mon gré, dans une cage étroite et oppressante, bien que dorée en apparence.

Cette sensation exacerbée est un sujet sur lequel je m’étais souvent interrogée, me demandant si j’étais bien normale, dans le fait d’afficher des réactions épidermiques – et trop souvent hélas psychosomatiques – face à une bête boîte en plastique, somme toute inoffensive. J’entendais mes collègues s’en plaindre en quelques occasions, mais tous semblaient finalement s’en accommoder bon gré mal gré, pendant que je me trouvais littéralement au bord de l’implosion… « Qu’est-ce qui, chez moi, ne tournait donc pas rond ?? ».
Bien sûr, ce n’était pas l’objet en tant que tel qui me posait problème, mais sa fâcheuse tendance à me rappeler en permanence, l’existence morne et étriquée dans laquelle j’étouffais et m’étiolais. Au fil du temps, je me convaincs que mon aversion à l’égard de la pointeuse et toute la pesante hiérarchie qu’elle incarnait en toile de fond, constituait au contraire un signe de bonne santé mentale. Et qu’il était temps d’écouter enfin cette entêtante voix intérieure qui me criait à pleins poumons, de prendre mes jambes à mon cou et la vie à bras-le-corps… De mettre fin à des années de zèle, pour enfin déployer mes ailes, en quelque sorte…

 

Vite, vite, s’en aller, partir sans se retourner…
Quitter ce bâtiment massif en lui tournant le dos, faire pour la toute dernière fois le long trajet à pied jusqu’au métro, monter à bord et laisser la rame m’emporter vers le destin qui m’attend, demain, après-demain et tous les jours d’après, droit devant… Mais avant, retrouver Marie et Delphine en centre ville pour célébrer, lever nos verres à ma toute nouvelle liberté… Impensable de rentrer chez moi directement, j’ai besoin d’exulter et bon sang je l’ai sacrément mérité, ce soir c’est MON moment !

Lille me paraît belle, parée de ses atours aux couleurs de Noël. Les lumières de la ville m’accueillent, me saluent, me souhaitent la bienvenue de leurs clignotements éclatants, rejointes et amplifiées par les chansons chorales qui se répondent de place en place.
Je me fraie un chemin parmi les passants affairés, dont la plupart avancent les bras encombrés de paquets. Quels que soient les trésors que ces paquets renferment, aucun ne saurait être aussi précieux que celui dont j’ai su me faire cadeau. L’euphorie que tout à l’heure je contenais à grand-peine, doit désormais se lire sur mon visage. À chacune de ces mines renfrognées que je croise, je voudrais crier ma joie et ma fierté : « Je l’ai fait ! Je l’ai fait !! Rendez-vous compte, des années que j’en rêvais… ».

 

La Grand Place de Lille vue du ciel

La Grand-Place de Lille, vue depuis la grande roue – ©Carine Dumez

Sur la Grand-Place aux pieds de la Déesse triomphante, trône comme chaque hiver une autre dame de fer à l’allure élégante. Petits et grands succombent aux charmes de la grande roue, d’où ils s’envolent à bord de nacelles accueillantes. En compagnie de Delphine je prends place dans l’une d’elle, avec la sensation que tout s’enchaîne si vite, vite, tout va tellement vite, au pied de la roue pas de file, aucune attente, et à peine sommes-nous installées que déjà le sol pavé s’éloigne, vite, vite, nous hissant à hauteur des toits que nous aurons vite dépassés pour nous élever encore et encore, jusqu’à tutoyer le beffroi dont la tour bienveillante nous couve des yeux en temps normal, et qui d’un seul coup s’offre à nous dans une rencontre frontale…
Il y a dans cet essor et cette vision panoramique, une forte symbolique dont je souhaitais me faire cadeau. En cette première soirée de retrouvailles avec moi-même, il me tenait à cœur de voir la vie d’en haut.

Vues du ciel, les rues environnantes étincellent de mille lueurs magiques, qui m’évoquent des bougies sur un gâteau… Souffle et fais un vœu… Je me surprends à penser que là, maintenant, tout de suite, la vie est intensément belle, pendant que la nacelle lancée à vive allure poursuit sa course vite, vite, presque aussi vite que mon cœur d’enfant qui palpite… Oh, mon cœur, je t’avais oublié… Assoupi des années durant tel un rebelle au bois dormant, ce soir enfin tu ressuscites.
C’est doux bien que grisant, mais rien qui ressemble au vertige. Ce soir, la peur elle aussi démissionne, cédant sa place à une autre émotion tellement plus savoureuse, porteuse d’un joli nom que j’affectionne : la joie pure et simple, sans une ombre au tableau.

 

Et maintenant, que va-t-il se passer ?
Maintenant, une autre vie commence.
MA propre vie, la vraie.

 

[To be continued…]


17 commentaires

Marie · 22 décembre 2018 à 9 h 43 min

Oh la la ! Je m’en souviens presque comme si c’était hier. Quel voyage magnifique je n’ai qu’une hâte, lire la suite de ton récit palpitant

    Carine Dumez · 22 décembre 2018 à 19 h 41 min

    Merci Marie, pour ta complicité en amont, pendant et après « l’événement »… Tu fais partie de celles qui m’ont inspirée à oser, et ça, comment pourrais-je l’oublier… A bientôt pour la suite des aventures ! 🙂

ocrajo Nadine · 22 décembre 2018 à 13 h 15 min

Merci pour ton partage qui résonne en moi ressentir cette ivresse ce sentiment de liberté quand nous franchissons le pas celà n a pas de prix
Bientôt la suite

    Carine Dumez · 22 décembre 2018 à 19 h 43 min

    « Ivresse », c’est bien le mot… La sensation ressentie ce soir-là ne me quittera jamais, je crois… Merci pour ta visite ici et pour tes mots, et en effet pour la suite,… à tout bientôt ! 😉

Cathy · 22 décembre 2018 à 18 h 57 min

Tout simplement MAGNIFIQUE. Ton écriture est sublime Carine. Je le savais déjà, mais je te le répète, tu écrits divinement bien. C ‘est touchant, on se sent vraiment bien dans l ‘ambiance. J ‘adore et j ‘ai hâte de lire la suite. BRAVO. Dépêche-toi de le finir, je l ‘achète tout de suite.

    Carine Dumez · 22 décembre 2018 à 19 h 45 min

    Merci, merci, merci chère Cathy !! Si un jour j’ai besoin d’une attachée de presse, je t’embauche immédiatement, tu vanteras mes livres comme personne 🙂 Je suis touchée, vraiment. Je vais mettre les bouchées doubles ! 😉

Kat Millot · 22 décembre 2018 à 21 h 15 min

To be continued ??? Déjà ? 🙂 Vite, la suite Carine, je suis d’accord avec Cathy, on est tout de suite dans l’atmosphère du moment et du lieu, de ton point de vue, et on a hâte d’en savoir plus…vraiment prometteur et cela coule avec fluidité et grâce…Bravo :)!

    Carine Dumez · 22 décembre 2018 à 22 h 02 min

    Oooh merciii ma Kat, ça me fait vraiment chaud au cœur, merci beaucoup beaucoup !! Comme je le disais en préambule, « on écrit pour être lue », et vu la nature du texte (témoignage personnel), ma plus grande hantise était que le lecteur ne se sente pas concerné par l’histoire relatée… Alors si mes mots ont la capacité de vous embarquer, vraiment je suis comblée !! Et plus que motivée à poursuivre ! 😉

Anne-Framboise · 28 décembre 2018 à 23 h 03 min

Ça donne envie de filer à Lille pour faire un tour de grande roue ! Hâte de tourner les pages de ta vraie vie !

    Carine Dumez · 28 décembre 2018 à 23 h 45 min

    Pour la grande roue, vite vite vite, les fêtes se terminent, elle sera bientôt démontée !! 😉 Et pour les futures pages, message à moi-même : vite, vite, vite, termine ce livre que tu as commencé ! 🙂

Virginie Bourdeau · 11 janvier 2019 à 20 h 32 min

J’ai pris plaisir à lire votre premier chapitre. J’aime votre écriture, fluide, très agréable à lire. Il y a quelque chose de cinématographique dans votre style qui m’a permis de me sentir dans l’action et de visualiser cette grande roue et ce beffroi que je ne connais pas, malgré une partie de mes origines qui sont Lilloise.
Et pour avoir moi aussi vécu ce dernier jour, décidé en conscience, pour me permettre de vivre ma liberté, mon harmonie, je suis curieuse de la suite de votre livre 🙂
Bravo pour votre projet et au plaisir de vous lire.
Virginie

    Carine Dumez · 13 janvier 2019 à 13 h 14 min

    Bonjour Virginie,
    Quel plaisir de prendre connaissance de votre commentaire !
    Mille mercis d’avoir pris le temps de rédiger cet avis étayé, qui m’encourage à persévérer dans l’écriture de ce livre en devenir… La suite logique d’un chemin initiatique toujours en cours et dont la démission a été l’une des étapes-clés, occasionnant ce « dernier jour » pourvu d’une saveur intense, que vous aussi vous connaissez… 🙂
    Je suis heureuse et reconnaissante de votre visite ici, soyez la bienvenue !

Virginie Lapierre · 22 janvier 2019 à 0 h 12 min

J’adoooore ❤️ Ton écriture est d’une grande fluidité et ton texte se lit d’une traite

Eileen · 8 février 2019 à 1 h 32 min

Je goûte à nouveau, avec tes mots, le plaisir de lire..

j’avais complétement perdu de vue cette immensité qui s’offre à nous, lecteur .. je m’en rends compte à l’instant où j’écris ce message.
Tellement cantonnée à du pratico-basique, lire une recette, et autres lectures informatives.. ou encore la sollicitude de slogans publicitaires sur les affiches aux arrêts de bus.. Nous effectuons cet acte plusieurs fois par jour, sans même nous en rendre compte.

Là, le plaisir l’emporte.
Au début je me disais, voilà « encore » un témoignage..et au lieu d’être, un basique étalonnage d’expérience, j’ai été transporté dans le décor, je vivais ces quelques lignes, je ressentais ton élan.. Tu as su transmettre en tellement de combinaisons magnifiques de mots, cet instant..que là, la suite est nécessaire.

Les mots sont.. justes.. à leur exacte place.
C’est magique.. les mots dansent au bout de ta plume et le spectacle est sublime.
Je t’encourage vivement à suivre le mouvement de ton coeur qui un jour t’a fait sortir de ce bureau!

Eileen
(oh,oh,ah,ah,ah ! te rappelles-tu de ces belles séances?)

    Carine Dumez · 8 février 2019 à 10 h 27 min

    Oh lala… Eileen… Tu n’imagines pas mon émotion en découvrant les mots que tu as semés ici, je suis tellement heureuse de cette visite inattendue !! Merci du plus profond de mon cœur pour ton témoignage, il vient attiser le feu intérieur si nécessaire à l’écriture… Merci, merci, merci !!!
    Et oui, bien sûr je me souviens de ces séances, comment pourrais-je les oublier… J’espère que tu vas bien depuis, et que la vie t’est douce… Je t’embrasse fort !

Podcast : ma première interview radio - COM' La Vie ! · 28 janvier 2019 à 17 h 38 min

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