Aux rencontres de hasard, qui font écho à notre histoire…

Citation Clarissa Pinkola Estes
Extrait du livre de Clarissa Pinkola Estés – « Femmes qui courent avec les loups »

Elle remontait le trottoir dans ma direction, nous allions nous croiser quand elle m’interpela : « Pardon, sauriez-vous où je peux trouver un endroit pour manger à proximité ? ». Dimanche soir 20 heures passées, dans un quartier tranquille d’une petite ville tranquille, « Désolée madame, ici tout sera fermé… il faudrait que vous alliez dans le centre de Lille ».

Elle eût un geste de découragement. « Oh tant pis, nous mangerons au restaurant de l’hôtel ». Elle m’expliqua que son mari était en train de monter les valises dans leur chambre, pendant qu’elle était sortie en repérages.
C’était une petite dame toute frêle, dont je n’avais aucun mal à deviner qu’elle était déjà bien âgée. Ce qu’elle me confirma en quelques mots : « Mon mari et moi avons 84 et 82 ans, nous venons de Sancerre, vous connaissez ? Nous avons eu envie de faire un voyage en voiture, visiter ou revoir des lieux où nous ne sommes pas allés depuis longtemps… Nous faisons une étape par jour, hier nous étions à Amiens… On est un peu fatigués ». Et moi de l’écouter avec une admiration aussi tacite que réelle, me souhaitant d’avoir le même élan de vie et cet enthousiasme intact, à un âge où beaucoup deviennent sédentaires.

Elle m’expliqua la raison de leur venue à Lille, elle en gardait un très bon souvenir pour y avoir vu 20 ans plus tôt, une rétrospective de Magritte qui l’avait fascinée. À cette évocation elle partit dans un monologue exalté à propos de l’artiste, avant de passer tour à tour à Picasso, l’architecture lilloise et l’influence espagnole, la… Mésopotamie !! et j’en oublie…
Elle était comme allumée de l’intérieur, des étoiles brillaient dans ses yeux alors qu’elle passait d’un sujet à l’autre. Mi-amusée mi-captivée, impressionnée par son érudition, je lui demandais, curieuse, si elle avait été professeur d’histoire ou histoire de l’art.

Même éclat dans ses yeux : « Aaah j’aurais tellement aimé, mais non… J’ai été toute ma vie juriste d’entreprise, pour une grande société… Autant vous dire que je ne rigolais pas… Une fois à la retraite, j’ai dit à mon mari que je voulais m’inscrire aux cours de l’École du Louvre… j’ai suivi les cours pendant 3 ans, ça a été merveilleux… ça, c’est ce que j’aurais voulu faire de ma vie ».

J’étais touchée, tant à l’idée de cette vocation « ratée » engendrant une carrière plus subie plus que choisie, que par ce retour à soi certes tardif mais ô combien crucial et nourrissant… Je compris d’où lui venaient son énergie et sa soif de découverte.
Elle me sortit de mes pensées en me renvoyant la question :
– « Et vous, que faites-vous dans la vie ? »
– « Moi… Euh… Eh bien… Eh bien j’écris. Je suis auteure ».

À elle, j’ai eu envie de formuler ces mots que je n’assume pas encore vraiment, que je ne prononce que très rarement. Je me sentais liée à elle, par cette grande puissance invisible qui relie entre elles toutes les femmes, en quête de leur essence profonde.
À elle je peux tout dire, pensai-je. « Elle sait ».

2 réflexions sur « Aux rencontres de hasard, qui font écho à notre histoire… »

    1. Aaaah… Merci ma chère Cathy !! Merci à la fois pour ce retour qui me touche, mais aussi pour le rire qu’a suscité ton commentaire car j’avoue que de prime abord, j’ai été un peu désarçonnée par cette histoire de poils, j’ai dû relire en deux fois pour comprendre où tu voulais en venir, hahaha… Ouf, je suis soulagée ! :))

Laisser un commentaire