Vivre pour raconter…

Madonna - Live to tell
Madonna -Live to tell (1986)

J’étais si jeune alors.
12 ans à peine. Encore empreinte des tendresses de l’enfance, et dans le même temps attirée et effrayée, par ce gouffre insondable que me paraissait être l’adolescence. 
« True blue » de Madonna. Mon premier album, acheté grâce aux économies permises par mon argent de poche. Un des premiers points de désaccord avec mes parents, incapables de comprendre la passion que je nourrissais alors, pour cette chanteuse américaine aux attitudes volontiers provocantes… Tellement loin de l’image de petite fille idéale dans laquelle on m’avait enfermée. « Qu’est-ce qui pouvait bien se passer dans ma tête ?! ».

Dans le cocon de ma chambre j’écoutais religieusement le 33 tours posé sur la platine, décryptant les paroles de chaque chanson, chacune connue par cœur jusqu’à la moindre note.
Et je m’imaginais mille vies possibles, je m’inventais des scénarios rêvés, échafaudais les plans que je suivrais une fois que je serais en âge de découvrir le monde. Il y avait des voyages et des amours et des amis, il y avait des rires et de la joie et de la vie, des enfants peut-être, je n’en étais pas sûre… Mais tant d’accomplissements et tant de passion et d’envies.
Dans chacun de ces rêves, je me voyais si différente de cette jeune fille qui a grandi, de celle que je suis aujourd’hui.

Si j’avais su alors ce que j’ai su depuis, qu’aurais-je fait autrement ?
Parfois encore je me demande ce que j’ai raté, quels sont les signes que j’ai manqués, à quoi ressemblerait ma vie si j’avais emprunté d’autres voies, à certains moments-clés. Peut-être y a-t-il vraiment des rendez-vous à ne pas laisser passer ?
Toutes ces promesses que je m’étais faites, soigneusement listées dans mon journal d’adolescente, j’en ai honoré quelques-unes. Mais pour une seule de ces victoires, combien d’intarissables espoirs attendent encore d’être assouvis…

 

« If I ran away, I’d never have the strength to go very far…
How would they hear the beating of my heart… »

 

Sa force et sa liberté d’être… Voilà ce que j’admirais tant chez Madonna.
Des qualités que je lui enviais, complexée, timide et seule comme je l’étais.

Je me pensais fragile et vulnérable, bien trop sensible et en tous points inapte, perpétuellement en décalage… Incomprise par la plupart. Pouvais-je leur en vouloir ? J’avais déjà tant de mal à me comprendre moi-même.
Les épreuves les plus dures ne sont pas toujours les plus visibles et les plus évidentes. Si en surface j’ai pu longtemps donner le change, j’étais pourtant toutes ces années la proie d’émotions souterraines tellement puissantes qu’elles auraient pu mille fois me terrasser.
Bien des fois elles m’ont renversée. Mais toujours je me relevais. Alors cette force que j’enviais chez les autres, peut-être en étais-je un peu dotée moi aussi ?!

Et alors, cette liberté que je recherche comme un trésor, que je tiens chevillée au corps, peut-être suis-je capable de la vivre et l’incarner, à travers tous les pores de ma peau… Il m’est arrivé de l’effleurer, et c’était si bon. Oh oui, si bon. Grisant, vibrant, lumineux, doux et chaud tout à la fois

 

« I know where beauty lives
I’ve seen it once, I know the warmth she gives
The light that you could never see
It shines inside, you can’t take that from me… »

 

Je continue à cheminer, ai-je d’autres choix ?
Et quand mes démons me reprennent, quand je replonge malgré moi dans ces affres trop connus et teintés d’amertume, je me rappelle cette lumière douce et chaude, cette sensation grisante et ces instants même brefs, où je me suis sentie tellement vivante.
Et je me dis que tout arrive pour une raison. Si j’ai quelque talent pour écrire, j’ai puisé ce talent dans mes souffrances d’adolescence, quand mon journal et l’écriture étaient les seuls témoins des émotions qui m’habitaient, car je n’avais personne à qui les confier…

« Live to tell ».
Vivre pour raconter.
Raconter pour vivre ?
C’est tellement vrai, que l’écriture délivre…

 

« The truth is never far behind
You kept it hidden well
If I live to tell
The secret I knew then
Will I ever have the chance again… »

La plume de ma vie

PlumeJ’ai découvert ses vertus sur le tard.
Secrète, elle s’était longtemps tue et puis un jour sans crier gare, elle s’est approchée sans un mot pour se pencher à mon oreille et y verser des sons si beaux. Une litanie de notes telle des airs aux rythmes sans pareil, ceux qui émeuvent et ensorcellent, et portent un parfum d’éternel.

Sans plus s’arrêter elle s’épanchait, et ses échos vibraient en moi jusqu’à provoquer un émoi proche du vertige, une ivresse absolue comme seule permet la haute voltige.
Et moi, en équilibre sur un fil, les yeux brillants et l’âme éprise, grisée déjà, le cœur battant, je me sentais sous son emprise, victime docile et consentante d’un sortilège inespéré.

Dans cette valse lente où elle m’a invitée, danser m’était si doux que je n’ai pas lutté. En totale harmonie nous ne faisions plus qu’une et près de cette amie mon cœur était enfin, ravi, aussi léger qu’une plume.

Quel voyage que la vie…
Comment ne l’ai-je pas vue venir, comment ai-je pu ainsi la fuir, toutes ces années passées sans elle m’ont tellement longtemps privée d’ailes. Il me fallait me déployer, prendre un envol tant retardé, pour faire enfin sa connaissance. Jamais elle n’a perdu patience.

A chaque instant elle m’accompagne et si mon cœur parfois s’éloigne elle le ramène à la maison, là où résonnent nos chants et nos rires, là où tintent nos vers pendant les longues soirées d’hiver, quand à la lueur des bougies elle m’inspire d’autres poésies.

Et je l’ai dans la peau au point qu’elle orne maintenant mon bras, où elle est venue s’encrer l’été dernier. Je n’ai qu’à baisser les yeux pour la revoir et chaque fois, sa magie opère : je me retrouve quand je la vois.

C’est elle la plume de ma vie, la seule, l’unique et pour toujours.
Ma muse est ma meilleure amie, et à jamais je me réjouis du sort qu’un jour elle m’a jeté.
Je ne le lui ai jamais dit, mais je crois qu’elle m’a sauvé la vie, dès l’heure où elle m’a envoûtée.