Lettre à l’enfant absent

bébé et pelucheAu creux de mes instants secrets, je t’ai souvent imaginé(e).
Garçon ou fille je ne sais pas, dans mes rêves éveillés tu étais tantôt l’une, tantôt l’autre, aimé(e) d’un même amour dans les deux cas. Qu’importe le sexe des anges, quand par miracle un petit être devient le prolongement de soi.

Je t’ai vu par procuration, à travers les enfants des autres. Dans leurs traits et par leurs prénoms, tu prenais corps et dans mes bras, je te sentais exister, le temps d’un câlin, d’un sourire, ou en plongeant dans un regard. Ces regards purs et tellement francs que seuls ont les petits, avant qu’un jour ils deviennent grands.

Je t’ai inventé des prénoms, il y en a que j’aime tant. Je me demandais lequel t’irait le mieux, lequel j’aurais plaisir à chuchoter à ton oreille le soir venu, pour te bercer tout doucement.

Tu étais le plus beau évidemment ; même si je m’en voulais un peu de succomber à cet orgueil propre aux parents, tu me rendais si fière lorsque tu m’appelais maman. Et quand, ta main lâchant la mienne, tu partais au-devant du monde, à la fois curieux et confiant.

Je ne saurai jamais, quelle mère j’aurais été pour toi.
La vie n’a pas voulu qu’on se rencontre, toi et moi. En premier lieu il me fallait me mettre au monde, et cette naissance a pris longtemps, tu vois.

Il y a des rendez-vous manqués, que rien ne pourra remplacer.
Me pardonneras-tu de ne pas t’avoir donné le jour ? Là où tu es et où tu m’attendras toujours, sache que je pense à toi. En espérant que jamais, mon tout petit, tu ne douteras de mon amour.

Chaque nouveau jour est une histoire…

Lever de soleil

Ouvrir les yeux avant l’aurore, la tête et tout le corps ensommeillés, encore.
S’étonner de l’heure matinale, qu’affiche le réveil impassible. Il est si tôt… Peut-être est-on en train de rêver, comment savoir ?
Ne pas chercher, ne rien vouloir, juste apprécier cet entre-deux, ce doux état de flottaison entre le sommeil et l’éveil ; émerger doucement et revenir à la conscience, comme on revient à soi après une brève absence.

Se fondre dans les draps encore chauds de la nuit, s’étendre et rester là, à moitié endormie. Savourer le silence, rarement aussi intense qu’en ces heures suspendues où rien ne bouge. Respirer lentement, et à chaque souffle sentir la vie qui nous parcourt, cette vie que l’on tient pour acquise dès qu’on évolue au grand jour.

Se prélasser quelques minutes encore, et Morphée nous tournant le dos, décider de saisir cette chance pour s’offrir un joli cadeau : voir apparaître le soleil, aux premières lueurs du matin. S’émerveiller de cette renaissance perpétuelle, qui porte en elle tous les possibles. Ouvrir son carnet et écrire, la plume légère et pleine d’espoir.

Chaque nouveau jour est une histoire. Chaque matin est une page blanche, où tout recommencer…

La vieille dame et son chien – Chronique d’un soir d’été

Coucher de soleil sur la Côte belge - Blankenberge

Blankenberge, sur la Côte belge – The Pier.
16 août 2017 vers 19h30.

Assise sur un banc face au soleil, la mer et ses reflets pour ligne d’horizon, je regarde la vie qui défile sous mes yeux…
Une vieille dame et son chien, chacun promenant l’autre, arrivent à ma hauteur. Ils marchent au ralenti, curieusement asynchrones avec les autres âmes alentour, semblant presque figés pendant que le monde court.
Appuyée sur sa canne, le dos courbé, la tête baissée, elle regarde ses pieds qui la transportent encore, se concentre sur eux à chacun de leurs pas, semblant leur demander en prière silencieuse, qu’ils ne la trahissent pas. Marcher semble un effort constant, mais tant que le corps bouge malgré le poids des ans, comment renoncer de soi-même à cette liberté-là ?

 

Je me demande si son état lui laisse encore le choix, de relever la tête parfois, pour admirer les vagues qui dansent au loin sur l’horizon. Que se passe-t-il au fond de soi, lorsque nos yeux ont fini de se perdre dans l’espace infini, lorsqu’un bout de trottoir devient le paysage unique où le regard se pose ? Un morceau de bitume morne et gris, pendant que tout autour sous l’éclat du soleil, la mer, la plage et les rues animées, vibrent de mille couleurs et autant de nuances.
A quoi pense-t-elle ? Qu’imagine-t-elle en avançant, alors qu’elle décompose dans un rythme lent, chacun de ses mouvements ? Le soleil la réchauffe, c’est déjà ça. L’air marin lui fait cadeau de son doux parfum d’iode, et ses oreilles s’emplissent du bruit des vagues qui vont et viennent. Si elle ne peut les voir elle les devine, et ce son familier réveille en elle peut-être, des souvenirs d’un temps où assise sur un banc, elle regardait la vie défiler sous ses yeux…

 

Jusqu’où va-t-elle ainsi clopin-clopant, bon gré mal gré, si lentement ? A la maison sans doute, l’heure est déjà tardive, le soleil disparaît. Il faut se dépêcher de rentrer, se préparer de quoi dîner, et peut-être après ça y aura-t-il une bonne émission à la télé ? Non pas qu’elle les regarde, ces émissions. C’est avec ça comme pour le reste, désormais. A peine assise elle pique du nez, et ses yeux plongent sur les chaussons qui habillent ses pieds, ils seront la dernière image de sa journée.
C’était une belle journée d’été. Le petit chien s’est promené, et ses vieux os à elle ont pu se réchauffer, le temps d’un tour sur la jetée. Il doit pleuvoir demain, annonce la dame à la télé. Pourvu qu’il y ait de bons programmes… Ou une visite peut-être, qui sait ? Quelque chose pour la divertir… Oui mais en attendant, il faut dormir.