Ouvrir les yeux sur la beauté ordinaire

« Toutes les choses ont leur beauté,
Mais tout le monde ne sait pas les voir. »
[Confucius]

 

Mer du Nord

Hier j’ai roulé jusqu’à la mer.
Ce n’était pas réfléchi, il était déjà tard, d’autres auraient renoncé et fait d’autres projets.
En d’autres temps, à une époque où j’accordais du crédit à ma tête plus qu’à mon âme, c’est sans doute ce que j’aurais fait. J’aurais remis au lendemain, prétextant qu’il n’était pas raisonnable de prendre la route pour si peu « profiter »… Quelques heures à peine. Mais c’était un appel, plus fort que la raison, au-delà des rigueurs qu’impose « l’emploi du temps »… Quelle vilaine expression quand on y pense, comme si le temps avait besoin d’être « employé », comme s’il n’était pas possible de juste « l’habiter ».
Habiter le temps, pour moi hier, c’était me retrouver seule face à la mer, respirer les embruns, baigner dans la lumière, fixer un horizon, saluer le soleil à l’heure de son plongeon dans les eaux du grand large… Accueillir l’émotion, toutes les émotions, éveillées par ce spectacle de la vie ordinaire. Somptueux dans sa banalité. Beau à m’arracher des larmes, de joie et de tristesse mêlées.

Les gens sont comme des paysages

 

En longeant la plage, j’ai observé les gens. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que c’est une de mes occupations favorites.
Dans tous ces corps et ces visages, je vois une multitude de paysages, où j’aime me perdre infiniment.

Si je le pouvais, mon quotidien se résumerait à capturer la beauté qui m’entoure, par tous les filtres possibles : celui de la photo ou bien de l’écriture, la peinture un jour peut-être, qui sait… Ma vie rêvée je crois, serait de célébrer la vie, dans son essence la plus pure. Je ne sais pas si cela fait un métier, mais peut-on rêver plus belle vocation ?

J’aime les gens.
Surtout lorsqu’ils entrouvrent, les portes de leur âme. C’est rare, mais cela se produit parfois.
Les gens sont beaux, plus qu’ils ne croient l’être. Au-delà des canons esthétiques, de toute concession à la mode ou d’une pseudo beauté plastique, les gens sont beaux par ce qu’ils émanent. Par ce qu’ils laissent échapper d’eux, lorsqu’ils concèdent à l’abandon. La douceur ou la pétillance d’un regard, la tendresse d’un sourire, une émotion furtive qui passe sur leur visage, un geste qui en dit long sans qu’il soit rien besoin de dire…
Les gens sont beaux lorsqu’ils sont vrais, loin de tout artifice.
La véritable force, c’est de se savoir vulnérable et s’accepter comme tel. J’aime celles et ceux qui ont compris cela, et qui l’assument avec simplicité.

Si on parlait entre âmes ?

 

Si un jour nous nous rencontrons, ne cherchez pas à m’impressionner en jouant de vos muscles, par votre érudition, votre réussite ou vos possessions… Vous n’éveillerez qu’indifférence. Tout au plus susciterez-vous chez moi un peu de compassion, face à ce besoin humain et pourtant tellement vain, de rouler des mécaniques et revêtir le masque faussement protecteur. Ego quand tu nous tiens…

Si un jour nous nous rencontrons, parlez-moi de vous, partagez votre histoire, racontez-moi sans fards, ce qui fait battre votre cœur, ce qui vous fait vibrer au point de vous tenir parfois éveillé(e) au milieu de la nuit… Entrouvrez-moi votre âme, sans attentat à la pudeur mais en tentant juste d’être vrai(e). Alors vous pourriez bien toucher mon cœur, pour toujours et à jamais…

Et ensemble, nous toucherions du doigt, ce qu’est la vraie beauté.

Coeur sur le sable

Redevenir sauvage pour revenir plus sage

Redevenir sauvageCertains jours je n’ai envie de rien.
Ces jours-là pour aller mieux j’aimerais écrire, mais bien sûr rien ne vient.
Et c’est rageant de penser que rien ne peut s’écrire, au sujet de rien. Alors qu’il y aurait tant à dire, vous pensez bien.

Ces jours-là je tourne en rond, pour voir où ça me mène. Ça ne mène jamais bien loin, comme vous le devinez. On peut faire mille fois le tour de soi-même, si notre muse a disparu, ce n’est que peine perdue.
Pas le moindre flow, tari le fil des mots.
Et c’est tellement frustrant, de subir ce sur-place, quand on voudrait bondir, surgir, grandir, bref,… se rendre loin.

Alors ces jours-là, souvent, je ne vais pas bien.
J’enrage et je m’agace,
Tout m’irrite et m’agresse,
Comme un lion en cage, je rugis ma détresse,
A qui vient m’agacer, je crie ma rage,
Je rugis et j’agresse,
Comme un lion en cage,
J’enrage.

Je suis pourtant paisible,
Au fond et en surface,
Une personne pacifique,
Le contraire d’une menace.
Je voudrais la douceur,
Toujours et à toutes heures,
Mais quand l’ennui s’en vient,
Ce ne sont que des vœux vains.

Car c’est bien ça l’ennui, au fond.
L’ennui qui tisse sa toile,
Et couvre d’un voile gris,
Les couleurs de la vie.
Que je ne sais plus voir, pendant ce temps au moins.
Privée des sens qui me relient à plus grand que moi.
Ces jours-là je rapetisse, je m’amoindris,
Je rejoins ces aigris,
Qui pestent contre la vie.
Cette vie que j’aime tant, pourtant.

Il faut tout bousculer, parfois.
Tout envoyer valser,
Ruer dans les brancards,
Reléguer au passé ce qui n’a plus lieu d’être,
Pour que revienne l’envie.
Redevenir sauvage,
Pousser des cris de rage,
Pour soi et loin des autres.
Pour revenir plus sage,
Et mieux aimer la vie.

 

Les transports en commun, ou ces rêves en partage…

Quelques mots voyageurs, en souvenir d’une émotion fugace…

 

Les transports en commun…
Moi qui affectionne les mots et en ai fait mes partenaires de jeu préférés, j’aime détourner cette expression littérale et peu propice à l’évasion, pour lui prêter un sens littéraire voire poétique, plus inspirant…
« Les transports », pour définir une émotion vive, une exaltation, un rêve… Autant de ressentis profonds et puissants, qui font voyager comme seuls peuvent le permettre les voyages intérieurs, les plus beaux qu’il nous soit donné de faire. Et communs à chacun, puisque nous sommes tous de cette étoffe, dont sont faits les rêves…

« Nous sommes de cette étoffe sur laquelle naissent les rêves,
et notre petite vie est entourée de sommeil
« .
[Willliam Shakespeare]

 

L’autre matin, pour me rendre au bureau, j’ai emprunté le tram.
Je ne me distingue pas par ma ponctualité en pareil cas, mais il était encore relativement tôt, et j’y ai côtoyé des lycéens en partance pour le bahut, des étudiants rejoignant leur fac, des hommes en costard et des femmes pomponnées, prêts à renouer avec d’obscurs dossiers… Des jeunes et des plus vieux, des looks débridés aux plus sérieux, fantaisie et austérité mêlées au cœur d’une rame, la diversité de la vie dans toutes ses gammes
Pendant les quelques minutes qu’a duré le trajet, j’ai étudié tous ces humains en transit.
Je les observais et tentais de me représenter quelle était leur vie… D’où venaient-ils, où allaient-ils, quels étaient leurs rêves… C’est un de mes jeux favoris, je pourrais m’y livrer pendant des heures… Entendre l’indicible, voir au-delà des gens, discerner ce qu’ils croient cacher sous leur maquillage, leurs accoutrements, leurs attitudes, dérisoires artifices qui ne traduisent rien de qui ils sont, mais en réalité, en révèlent bien plus long…

J’observais tous ces gens.
Quelques minutes auparavant, j’avais relu et partagé sur la toile un texte écrit par Paulo Coelho [Extrait du roman « Le Zahir »], dont la justesse m’avait touchée.
Alors que je posais le regard sur les personnes qui m’entouraient, ces mots résonnaient dans ma tête…

Citation Coelho Le ZahirJ’observais ces gens voyageant vers leurs buts respectifs – une école, une université, un bureau quelque part… – et me demandais s’ils étaient heureux de s’y rendre. S’ils avaient fait ce choix en toute liberté et en pleine conscience, ou s’ils suivaient un plan pour eux tout tracé, sans même le questionner. « Parce c’est comme ça », et « parce qu’on n’a pas le choix ». 
Je me demandais ce qu’ils portaient en eux, de rêves inassouvis, amèrement regrettés, ou juste délaissés, jusqu’à y renoncer… « Parce c’est comme ça », « parce qu’on n’a pas le choix ».

Et puis mes yeux se sont posés sur un sac, simple « tote bag » porté à l’épaule par une jeune fille en âge d’être étudiante, la vingtaine probablement… Sur le sac une inscription disait « J’ai 10 ans ! ». J’ai souri. J’ai regardé plus attentivement le visage de cette jeune fille, et me la suis imaginée petite, espiègle et insouciante comme on l’est à cet âge… J’ai pensé que cette inscription en apparence anodine, révélait bien des secrets, sur celle qui l’avait adoptée.

J’ai poursuivi mon scan visuel et quelques secondes plus tard ai reconnu entre les mains d’une femme assise, la couverture d’un livre que j’ai récemment lu : « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Un titre évocateur, une lecture qui témoigne d’une quête partagée par beaucoup, celle d’une vie heureuse au plus près de nos valeurs, en résonance avec le cœur. Je me suis attendrie. Et me suis dit que tout lecteur, n’est avant tout que le propre lecteur de lui-même. Et que ce récit sans prétention, vient surtout parler de l’âme des gens et ses aspirations.

Puis je me suis souvenue du livre que moi-même je transportais, emprunté il y a peu à la bibliothèque : « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi ». 
J’en ai été émue. A la lumière des pensées qui m’avaient traversée, au regard de la scène que j’avais observée, et en écho aux mots de Coelho lus quelques heures plus tôt,… je me suis dit que chacun porte en soi un trésor enfoui, qu’il tarde à révéler ou enterre à jamais, selon la valeur qu’il décide un jour de lui accorder.

J’ai décidé que mon rêve était plus important que tout, et qu’il m’appartenait de le défendre becs et ongles, peu importe le coût.
Et j’aimerais qu’un jour se lèvent, pour se mettre debout, tous les gens à genoux… pour vivre enfin les rêves pour lesquels ils sont nés.